« Un cinquième du temps » … et 100 % de responsabilités ?
« L’école ne représente qu’un cinquième du temps d’un enfant. Le reste se joue ailleurs et relève directement ou indirectement de la responsabilité des parents ». On pourra regretter que le ministère de l’Éducation nationale, premier employeur de l’Etat, ne s’inquiète pas plus de sa responsabilité quant au sort des personnels. Les enquêtes sur le bien-être, les conditions de travail, le manque de reconnaissance ou de formation, le désir de quitter le métier et son effectivité à cause des conditions de travail sont pourtant alarmantes et unanimes.
Car au gré des réformes, des ministres, sur le terrain, assistants d’éducation, AESH, enseignants, CPE, PsyEN, personnels administratifs, de direction, techniques, vous tenez la maison. Vous faites vivre l’École, réussir des élèves, jour après jour, parfois dans des conditions jugées toujours plus difficiles. C’est votre quotidien.
Bien sûr, le temps hors école est essentiel, et touche de nombreux thèmes connexes à celle-ci : l’accompagnement à la parentalité, mais aussi la lutte contre les inégalités et la pauvreté – sujet cher à Jean-Paul Delahaye à la Une cette semaine – ou encore l’articulation des temps de l’enfant. Toutefois le temps de l’école reste à panser. Et il relève de la responsabilité de l’État. Avec moins de moyens, l’école – publique – continue de porter les missions de la République…
Quoi de (pas) neuf ?
Alors quoi de (pas) neuf cette rentrée ? La « Maison des parents » aux fondements existants dans les textes, les réunions de rentrée parents-professeurs, l’accompagnement à l’orientation. Rien de neuf, donc et surtout, rien de réellement structurant. Peut-être devrait-on créer une « maison de l’école » avec une équipe médico-sociale et … des professeurs dans chaque établissement ? Il y a la réalité des remplacements non assurés, des classes chargées, des injonctions, des formations déconnectées, du manque de reconnaissance et du décrochage salarial.
Si ces manques et souffrances de l’école ont été oubliées, la ministre a eu une pensée pour les victimes des violences sexuelles. Notons que le Premier ministre est toujours accusé de mensonge sur l’affaire Bétharram, et que la Dgesco est accusée d’avoir falsifié un rapport sur le scandale Stanislas. L’ancien ministre Jean-Michel Blanquer a eu un hommage pour ses évaluations nationales et le ministre de l’Intérieur Bruno Retailleau ont été mentionnés lors du discours de la ministre, mais l’École, ses personnels et élèves ne méritent-ils pas mieux qu’une approche autoritaire et sécuritaire ?
L’École tient… parce que vous tenez
Les ministres et réformes se succèdent. L’Ecole ne tient pas grâce aux plans ou éléments de langage. La réalité est que l’Ecole tient parce que vous êtes là. Parce que chaque matin, vous ouvrez les portes, accueillez les élèves, adaptez, soutenez, éduquez, enseignez. C’est cela la réalité de votre quotidien. Parce que vous croyez encore en vos élèves, votre mission, même fatigués, même désabusés parfois.
Alors oui, il y a de la colère. Mais il y a aussi de l’espoir.
Et cet espoir, il est entre vos mains. Et dans vos classes.
Bonne rentrée à toutes et à tous.
Djéhanne Gani
