« Je crains les instructions descendantes »
Marine, remplaçante dans le Maine-et-Loire, a déjà préparé « les ressources qui pourraient lui être utiles pour la première période pour tous les niveaux. La rentrée a tendance à m’angoisser. Je ne sais pas ce je vais avoir : serai-je appelée dès la rentrée ? Des remplacements longs/courts, quels niveaux, quels profils de classes ? », autant de questions que se posent des milliers de TZR en France.
Julien vient dans son école depuis 15 jours pour préparer sa rentrée. « J’achète des livres avec mon argent personnel car il y peu de budget et j’ai un changement de niveau », confie-t-il. « Je pense qu’avec ce salaire et le peu de reconnaissance je vais vite partir de ce métier », tranche ce professeur des écoles depuis 5 ans en Ardèche.
Sébastien, professeur d’histoire-géographie réagence l’affichage de sa classe et « reformule des cours dont j’ai repéré qu’ils fonctionnaient moins bien ». Il affirme avoir la volonté de retrouver les élèves et les collègues. Il craint plutôt « la montagne administrative et les instructions descendantes ».
Ce professeur ayant 27 ans de carrière garde « une certaine amertume » et espère « un sursaut concernant la profession pour faire réagir nos dirigeants. Mais ces derniers, quelles que soient leurs couleurs politiques, se sont bien attelés à empêcher de tenir compte, faire remonter et appliquer nos doléances ».
« Cette année je change même de façon de travailler pour essayer d’impliquer encore plus les élèves dans leurs apprentissages et les rendre plus responsables de leurs résultats », partage Arnaud, enseignant de physique-chimie depuis 10 ans. « Je n’aborde pas la rentrée avec le meilleur engouement. Encore une année ou l’on va devoir faire plus avec moins de moyens. Et pendant ce temps, le coût de la vie augmente mais notre pouvoir d’achat diminue. Ce manque de reconnaissance, de revalorisation est usant. Je n’ai pas eu de mutation pour la 3ème année consécutive et cela fait 10 ans que je suis en REP +. J’ai failli quitter l’éducation nationale l’an dernier ».
Cet enseignant se sent « actuellement comme enchaîné à mon travail, sans échappatoire, ce qui est une honte dans le monde actuel. Il me reste que l’abandon de poste car même la démission est refusée dans ma discipline ne tension ».
Pierre est allé dans son collège pour faire en avance ses photocopies. Cet enseignant d’histoire-géographie ressent « de l’incertitude, un ras-le-bol, pimenté par un zeste d’observation de la nouvelle direction qui arrive dans le collège suite au départ d’une cheffe toxique, incompétente, autoritaire et harceleuse ». Rien que ça !
« Les contractuels se retrouvent parfois en grande difficulté devant les classes »
« L’EN recrute des contractuels à tours de bras, quand elle en trouve, et qui ont priorité dans leurs vœux sur les éventuels TZR parce qu’on craint qu’ils n’acceptent pas le poste proposé. Les TZR qui eux ne peuvent refuser passent donc après. Il faut accueillir et aider les contractuels qui souvent n’ont aucune expérience et qui ne sont pas du tout accompagnés par le rectorat qui se repose sur notre bonne volonté. Malgré notre aide, les contractuels se retrouvent parfois en grande difficulté devant les classes ».
Anne-Marie, professeure-documentaliste en lycée professionnel entame sa 31ème rentrée. « Ma préparation a surtout consisté à lire des ouvrages de littérature de jeunesse cet été (…) j’ai bientôt 54 ans et j’appréhende de plus en plus mon métier car je ne maîtrise pas l’IA et je vais sans doute devoir former les élèves à son usage qu’ils pratiquent déjà massivement. Je traverse une vraie crise existentielle professionnelle : perte de sens, impression de désorganisation massive : des classes auxquelles il a manqué 3 profs une grande partie de l’année dernière… ».
Anne-Marie déplore chez ses élèves « des raisonnements de plus en plus simplistes, voire complotistes chez des élèves en perte de repère et en mal-être massif (…) J’ai adoré mon métier, je m’y suis pleinement investie, consciente et fière de la mission haute et belle de former les citoyens de demain, mais je commence à réfléchir à passer à mi-temps, et à réduire en conséquence mon train de vie, car je me sens de plus en plus déphasée du système « éducation nationale », mais également fatiguée ».
Contente de retrouver ses classes, Jeanne, enseignante en arts-plastiques pense que « les enseignant.es sont maltraités et que les médias contribuent au lynchage global… mais bon, ça vaut pour tous les services publics… ».
Nous remercions chaleureusement nos lecteurs pour ce partage écrit de leur vie professionnelle et personnelle. Malgré les conditions, nous vous souhaitons à toutes et tous une belle rentrée scolaire.
Djéhanne Gani
