Des vacances absentes pour une jeunesse invisible
En France, selon le Crédoc et l’Observatoire des inégalités, 38 % des jeunes de 5 à 19 ans ne sont pas partis en vacances en 2023, soit près de 4,71 millions d’enfants et d’adolescents. Pour les familles à bas revenu, plus d’un enfant sur 2 ne part jamais en vacances (56%), ce qui signifie selon les critères ne pas avoir passé au moins quatre jours consécutifs hors de son domicile habituel, en dehors de toute obligation professionnelle ou scolaire.
L’écart est sans surprise lié à la condition sociale et économique. Cette vacance de vacances touche d’abord les plus modestes : seuls 44 % des enfants issus de milieux populaires sont partis, contre 73 % pour ceux des familles aisées. Et même parmi les enfants « vacanciers », près de la moitié n’ont bénéficié que d’un seul séjour dans l’année. Il faut noter une baisse des départs en vacances quel que soit le revenu des parents.
1 enfant sur 10 ne part pas en vacances
D’après une étude de l’Insee, en 2021, 11 % des enfants âgés de 1 à 15 ans — soit environ 1,2 million — vivaient dans des foyers où les parents déclaraient ne pas avoir les moyens de partir en vacances au moins une semaine par an. En définitive, quelle que soit la source, un constat s’impose : un grand nombre de familles, en particulier les familles monoparentales, n’ont pas les ressources financières nécessaires pour offrir des vacances à leurs enfants.
Ces chiffres soulignent une inégalité sociale mais aussi structurelle : l’inégalité d’accès aux vacances, le droit aux vacances reste un privilège social. Jeunesse en plein air alertait en juillet 2025 sur les plus de 40 milliards d’euros d’économie du budget du PLF 2026 qui menace directement les politiques publiques et le départ d’enfants en colonie.
Le hors-temps scolaire : terrain d’inégalité
Et pourtant les vacances ne sont pas seulement un temps de repos : elles sont un espace d’apprentissage informel, de socialisation, de découverte et d’éveil. Partir en vacances, c’est changer de cadre, pratiquer des activités culturelles ou sportives, développer son autonomie et sa curiosité. À l’inverse, les enfants qui restent confinés à leur environnement quotidien peuvent souffrir d’un manque de confiance en soi. Avoir « quelque chose à raconter » à la rentrée est important. Le 20 août, le Secours populaire a organisé une « journée de ouf », une « Journée des oubliés des vacances » pour 40 000 enfants. Thierry Robert, directeur général du Secours populaire déclarait sur France inter « Le fait de rentrer à l’école en ayant un souvenir de ses vacances, c’est un moyen aussi de se projeter pour son année scolaire et puis au-delà, parce que tout ce qu’ils vont découvrir vont leur permettre aussi de rebondir ».
Face à ces inégalités de vacances, des associations et des collectivités organisent des départs ou des activités gratuites à destination des enfants et des jeunes, ce qui représente aussi des inégalités territoriales.
Les inégalités scolaires commencent en dehors de l’école
La rentrée ne représente pas le même point de départ pour tous. Les inégalités éducatives s’ancrent bien en amont de l’école, dans les conditions de logement, le cadre de vie, et notamment l’accès au temps libre et aux activités de loisirs.
Face à ces constats, il apparaît que l’école ne peut, à elle seule, garantir l’égalité des chances. Alors même que des débats sont menés sur les temps de l’enfant, la réduction des vacances ou l’aménagement de la journée de travail, une question centrale reste souvent en marge : la lutte contre la pauvreté et les inégalités, et ses moyens, à l’école comme en dehors.
Djéhanne Gani
