Un effort ciblé sur 800 collèges
Le 18 décembre, sur France 2, le ministre a annoncé vouloir « concentrer l’effort sur ces collèges en termes de formation, d’accompagnement pédagogique, d’accompagnement social ». Il affirme vouloir « partir des équipes » pour « répondre à tous leurs besoins », évoquant notamment le recours aux fonds sociaux, par exemple, pour permettre aux élèves d’accéder à la cantine.
Interrogé sur un budget de l’Éducation nationale marqué par des restrictions, le ministre assume une logique de redéploiement : « On va redéployer », rappelant la baisse des effectifs. Selon lui, il ne s’agit pas seulement « d’une question de moyens mais d’approche pédagogique, de qualité de la formation qui est apportée ». L’objectif affiché est de faire « du qualitatif, du sur-mesure, établissement par établissement ».
Cette mesure s’inscrit dans la priorité accordée aux 15 % de collèges concentrant la plus grande difficulté scolaire. Parmi eux, plus d’un tiers se situe en dehors de l’éducation prioritaire. Le ministre se veut toutefois rassurant : « L’éducation prioritaire répond à la question de la concentration de la grande difficulté sociale. Je n’y toucherai pas. »
2 journées pour tout changer
Le calendrier est fixé : dès janvier, les établissements concernés devront travailler à l’élaboration de leur feuille de route, pour une mise en œuvre annoncée à la rentrée 2026. « À la rentrée 2026, la vie va changer dans ces établissements », promet le ministre.
Une note d’instruction précise que « deux journées peuvent être banalisées pendant le premier semestre 2026, selon des modalités arrêtées au niveau académique ».
L’accompagnement doit s’appuyer sur « une équipe ressource académique », composée d’« expertises complémentaires (IA-IPR, IEN, CPC, personnels de direction, conseillers principaux d’éducation, psychologues de l’éducation nationale, infirmiers, formateurs du premier et du second degrés, etc.) ». Cette équipe est chargée d’accompagner les chefs d’établissement et leurs équipes dans « l’analyse des besoins », la « formalisation » et le « suivi des feuilles de route ».
La démarche décrite dans une note d’instruction publiée en décembre met en avant cohérence, collégialité, lien inter degré et relation avec les familles. Une démarche pas si révolutionnaire dans les établissements ? Des orientations du ministère réapparaissent, notamment autour du renforcement des « automatismes », via « un plan de renforcement sur un nombre limité de séances autour d’une compétence ciblée avec un nombre restreint d’élèves », ou encore le « travail en effectif réduit sur des compétences précises, notamment sur les tâches complexes ».
Temps de formation et concertation : des zones d’ombre
Une question reste en suspens : celle des temps de formation. Alors que la tendance est à des formations hors temps scolaire, sur quels temps auront lieu les accompagnements annoncés ? Si deux tiers des collèges identifiés relèvent de l’éducation prioritaire, seuls les collèges en REP+ disposent de temps de concertation institutionnalisés. Qu’en sera-t-il pour les autres établissements ?
Si deux journées peuvent être banalisées pour la mise en place de la feuille de route, aucune précision n’a encore été publiée concernant les modalités concrètes de déploiement.
Un projet global confié aux équipes
Dans les colonnes de Ouest-France, le ministre détaille la méthode retenue : « Actionner tous les leviers à la fois pour aboutir à un “saut qualitatif” dès la rentrée 2026 ». Les équipes pédagogiques disposeront de six mois pour élaborer un projet intégrant les dimensions pédagogiques et médico-sociale, le climat scolaire, la mixité sociale et la place des parents dans la réussite des élèves. Reste une interrogation centrale : cette responsabilisation accrue des équipes s’accompagnera-t-elle de moyens dédiés, de temps de concertation reconnu et de financements fléchés ?
Les fonds sociaux, une variable d’ajustement budgétaire
Avec quels moyens accompagner ? La question des moyens interroge d’autant plus que la note ministérielle indique que « les fonds sociaux, dont le montant versé aux établissements peut être renforcé, sont pleinement utilisés pour répondre aux besoins de certains élèves ». Attribuées sur demande des familles après examen en commission, ces aides ne sont ni automatiques ni suffisamment connues. Les syndicats enseignants, comme la FCPE, ont dénoncé cette diminution budgétaire, qui fragilise encore davantage les élèves les plus précaires.
En 2024, les fonds sociaux demeurent une « éternelle variable d’ajustement de l’Éducation nationale », comme le déplorait l’ancien directeur général de l’enseignement scolaire, Jean-Paul Delahaye. Dans une tribune publiée dans Le Monde en mai dernier, il parlait de « véritable pillage des fonds sociaux […] en pleine crise économique et dans un silence politique et médiatique assourdissant ». Le rapport de la Cour des comptes publié en avril 2024 révélait que des coupes budgétaires avaient touché les bourses et les fonds sociaux : sur les 49 millions d’euros inscrits au budget, seuls 42 millions ont été effectivement dépensés, soit une baisse de 15 %.
Pourtant, ces fonds sont essentiels. Ils sont destinés aux élèves vivant dans une grande pauvreté afin de financer des dépenses indispensables : cantine, sorties culturelles, voyages scolaires, équipements ou manuels. Augmentés sous François Hollande, puis abaissés sous Jean-Michel Blanquer, les fonds sociaux connaissent à nouveau une baisse importante en 2024.
Un véritable plan contre la difficulté scolaire peut-il faire l’économie d’un véritable plan contre les difficultés sociales ? Sans impulsion politique forte, sans lutte contre la pauvreté, et ses effets, l’ambition affichée pourrait se heurter aux limites … du réel.
Djéhanne Gani
Accompagner les collèges les plus exposés à la difficulté scolaire
