Une précarité organisée
Vingt ans après la loi du 11 février 2005, dite loi du handicap, le constat reste alarmant. Dans un rapport publié en septembre 2024, la Cour des comptes soulignait déjà le défi majeur de passer d’une logique quantitative à une véritable qualité de l’accompagnement. Pourtant, selon les syndicats et les élus de gauche, « le choix est fait de la précarisation ».
Malgré les discours et la volonté affichée d’une « école inclusive », l’État employeur maintient un statu quo qui laisse les AESH dans une situation de grande fragilité. Faute de moyens matériels et humains, ce sont à la fois les personnels, condamnés à la précarité, et les élèves ainsi que leurs familles, privés d’un accompagnement adapté, qui en subissent les conséquences.
Des chiffres qui illustrent l’urgence
Aujourd’hui, près de 83 % des AESH travaillent à temps partiel imposé, à hauteur de 62 % d’un temps plein. Concrètement, ce temps de travail incomplet pèse lourdement sur la vie quotidienne des près de 140 000 AESH et dégrade les conditions d’accompagnement des élèves. À la rentrée scolaire, près de 49 000 à 50 000 élèves en situation de handicap étaient encore sans solution d’accompagnement. Le manque de recrutement et la faible attractivité du métier aggravent une situation déjà critique.
Une mobilisation syndicale massive
Depuis le printemps dernier, les organisations syndicales FSU, SE-UNSA, CFDT Éducation Formation Recherche Publiques, CGT Éduc’action, SNALC et SUD Éducation mènent une campagne nationale pour exiger la création d’un corps de fonctionnaires de catégorie B pour les AESH. Cette mobilisation a recueilli plus de 83 000 signatures, preuve du soutien massif de l’ensemble de la communauté éducative, et bien au-delà, aux revendications des accompagnant·es.
En 2025, les AESH sont environ 145 000. Majoritairement féminine, cette profession demande de longue date une reconnaissance à la hauteur de son rôle central dans la mise en œuvre de l’école inclusive, notamment par une « fonctionnarisation ».
Un coût assumé, un refus politique
La réforme a un coût. Selon le ministère, celui-ci serait de 4,4 milliards d’euros. Un chiffre que relativise Marie-Pierre Monier, rappelant que « la suppression de l’ISF a fait perdre 4 milliards d’euros aux caisses de l’État ». Le coût actuel des AESH est déjà estimé à 3 milliards d’euros par an : le surcoût réel de la réforme s’élèverait donc à 1,4 milliard d’euros.
Un investissement nécessaire, selon les défenseurs du texte, « pour améliorer la réussite scolaire des enfants et leur insertion professionnelle ». À droite, les critiques persistent. « Établir d’abord un corps de fonctionnaires, c’est créer des rigidités supplémentaires qui bloqueront un système déjà bancal », a estimé le sénateur Max Brisson (LR) de la majorité sénatoriale et vice-président de la commission culture- éducation. Une analyse contestée par la sénatrice socialiste, pour qui il s’agit au contraire de « professionnaliser le métier puisqu’il faudra un concours de la fonction publique » et de « rendre la profession beaucoup plus attractive ». La sénatrice socialiste Colombe Brossel a, de son côté, alerté sur les conséquences du refus de la majorité sénatoriale de droite et ses alliés : « nous n’avons plus le temps d’attendre », poursuivant : « Si notre seule réponse est le statu quo, alors à la rentrée prochaine, il y aura de nouveau des dizaines de milliers d’enfants sans AESH, il y aura de nouveau 1/3 des AESH qui démissionneront et qui préféreront faire autre chose. »
Djéhanne Gani
Le DOSSIER INCLUSION du Café pédagogique
AESH : une mobilisation intersyndicale contre « un scandale institutionnel »
