Un recrutement insuffisant et un retard qui s’accumule
« Précarité », c’est le mot pour résumer la situation des AESH déclare Isabelle Vuillet de CGT Educ’Action. A titre d’exemple, 600 élèves avec notification MDPH étaient sans AESH à la rentrée dans l’académie de Bordeaux. 45 000 enfants sont aujourd’hui non accompagnés au niveau national. Avec la création de seulement 1200 AESH prévue l’année prochaine, l’intersyndicale s’attend à de nouvelles difficultés, car le nombre est insuffisant chaque année et le retard s’accumule. « Il faut arrêter de bricoler » résume Emmanuel Séchet de la FSU.
83% des AESH en Temps Partiel imposé (62% d’un temps plein)
L’intersyndicale dénonce le « scandale institutionnel » qui laisse des milliers d’élèves sans accompagnement et précarise les personnels. Pourtant, les AESH sont devenu·es un maillon essentiel de l’inclusion scolaire des élèves en situation de handicap. La rentrée 2025 a mis une nouvelle fois en lumière la crise d’attractivité de ce métier : multiplication des démissions, licenciements pour inaptitude, ruptures conventionnelles.
Actuellement, 83% des AESH sont en Temps Partiel imposé, à 62% d’un temps plein. Concrètement, le salaire d’un.e AESH à l’échelon 1 est autour de 900 euros, précise une AESH présente. Cette faible rémunération et le temps partiel imposé maintiennent les près de 140 000 agent·es AESH dans la précarité et aggravent la situation et l’accompagnement des élèves. Ce temps de travail incomplet pèse sur la vie quotidienne des AESH.
Les AESH, un métier indispensable à l’école inclusive
« On fait bouger les lignes » dit Emmanuel Séchet de la FSU. Les conditions d’emploi, de rémunération, la promesse de l’école inclusive non remplie rendent l’opposition au statut difficile. La création du corps est « un problème budgétaire » surtout, car « elle s’accompagnera de création d’un temps plein et revalorisation de la rémunération à prévoir » poursuit-il. Un temps plein pour les 140 000 AESH d’aujourd’hui représente déjà une somme conséquente. La défense d’un corps de catégorie B avec progression de carrière est unanime.
L’histoire de personnels pour les élèves en situation de handicap : une non-reconnaissance persistante
Pour Jean-Marc Marx de la CFDT, l’histoire des personnels, des AVS aux AESH, illustre le décalage persistant entre les ambitions et la réalité. En 2003, les AVS, les « auxiliaires » de vie scolaire étaient déjà sans perspective professionnelle ni formation. Depuis 2014, les AESH sont recrutés en temps partiels imposés en majorité (62%). La mise en place des PIAL les a encore précarisés. « Les 140 000 AESH sont toujours traité.es comme une main d’œuvre d’appoint », c’est une non-reconnaissance d’un besoin pérenne, et l’histoire d’une « reconnaissance sans cesse différée » analyse Jean-Marc Marx
Lors de la conférence de presse, Jean-Rémi Girard du Snalc affirme aussi que les « lignes bougent » avec la mobilisation, notamment avec une proposition de loi transpartisane en perspective grâce au travail intersyndical. Pourquoi un statut ? « Un statut, c’est aussi une reconnaissance ». Le statut donnera un cadre constitutif du métier : salaire, cadre d’emploi, condition de travail, formation, mobilité.
Depuis le printemps dernier, les organisations syndicales FSU, SE-UNSA, CFDT Éducation Formation Recherche Publiques, CGT Éduc’action, SNALC et SUD éducation mènent une campagne nationale pour que soit enfin mise à l’ordre du jour la création d’un corps de fonctionnaires de catégorie B pour les AESH. Cette campagne avait recueilli plus de 83 000 signatures, preuve du soutien massif de l’ensemble de la communauté éducative – et bien au-delà – aux revendications des accompagnant·es d’élèves en situation de handicap.
Djéhanne Gani
Dans le Café pédagogique
https://www.cafepedagogique.net/2025/02/11/aesh-deuxieme-metier-de-leducation-nationale/
