La formation professionnelle, une affaire d’Etat pour le président de Gaulle
En 1958, le Président de la République Charles de Gaulle mène une politique d’ouverture : il applique de manière anticipée certaines clauses du traité de Rome, il accélère l’adaptation de l’économie française – jusqu’alors ultra-protégée – et il l’insère pleinement dans le marché international.
L’École, pour le Général, doit profondément évoluer pour apporter son concours – direct ou indirect – à cette transformation nécessaire et voulue. Les témoignages des anciens collaborateurs du Président de la République recueillis pour le colloque de 1990 organisé par l’Institut Charles de Gaulle sont sans équivoque : le Général tenait sans ambiguïté à ce que la formation professionnelle soit une affaire d’État, une affaire de l’État (Actes De Gaulle en son siècle ; moderniser la France, édités par Plon et la Documentation française).
Des résistances au projet
Michel Debré, son Premier ministre, souligne que « l’importance à donner à l’enseignement technique et à la formation professionnelle était l’un des grands points d’accord entre le Général et lui ». Il rappelle que, ministre des Finances, il a fait voter une loi déclarant que « l’État était responsable de la formation professionnelle » ; et il évoque « le plaisir ressenti par le Général à la sortie de ce texte ».
Alors qu’il était Premier ministre, Michel Debré avait envisagé, en accord avec l’Élysée, de créer des « facultés techniques ». Mais il s’est heurté à de fortes résistances, de la part des universitaires de sciences en particulier.
Le projet est repris, un cran en dessous (toujours en accord avec l’Élysée), par Pierre Laurent, alors au secrétariat général : « Il a fallu porter la mise en place de cette voie entièrement nouvelle à la force du poignet contre les hostilités de tous ordres ». Et Pierre Laurent précise que c’est bien « le Général qui a tranché » en faveur du caractère « universitaire » de ces instituts, au Conseil restreint du 3 mai 1958. L’ambition, pour ce qui concerne les effectifs, était forte : il était attendu 100 000 étudiants dans cette filière universitaire d’État dès 1970 ; et, à terme plus éloigné, 200 à 300 000 sur 800 000 étudiants.
Claude Lelièvre
