Une réforme très contestée dès son annonce
Deux ans plus tard, après quatre ministres de l’Éducation nationale successifs, le ministre Édouard Geffray avait déjà annoncé, lors du Conseil supérieur de l’éducation du 4 décembre 2025, que les groupes de niveau ne seraient plus obligatoires à la rentrée suivante. Le décret publié confirme cette décision. Dès son annonce, la réforme avait suscité une forte opposition. Enseignants, parents d’élèves, syndicats et chercheurs s’étaient largement mobilisés contre ce dispositif entérinant tri scolaire et social. Dans de nombreux établissements, les personnels ont alors affirmé : « Nous ne trierons pas nos élèves ».
Une réforme très peu appliquée dans les collèges
Dans les faits, la mesure n’avait jamais été réellement généralisée. Selon une enquête du SNES-FSU publiée en novembre, un collège sur cinq selon une enquête du Snes-Fsu (19 %) appliquait pleinement les groupes de niveau.
Pour le syndicat, ces chiffres constituaient « des résultats sans appel » et illustrent le rejet du dispositif par les équipes éducatives. Parallèlement, la part des collèges fonctionnant en classes entières a progressé. L’enquête montre également que d’autres mesures associées à la réforme restaient peu mises en œuvre.
Des effets négatifs sur l’organisation du travail
La mise en place des groupes a également été critiquée pour ses conséquences sur l’organisation, complexifiée, des établissements. « Le temps consacré aux aspects organisationnels a longtemps prévalu sur le travail pédagogique » résumait en juin le rapport de de l’Inspection générale de l’éducation, du sport et de la recherche (IGESR).
Un constat critique de l’Inspection générale
Les critiques ne se limitent pas aux organisations syndicales, personnels et parents d’élèves. Dans un rapport publié en juin 2025, l’Inspection générale de l’éducation, du sport et de la recherche (IGESR) dressait déjà un bilan critique de la mesure.
Les inspecteurs évoquaient notamment « l’écart entre le discours et le réel » et reconnaissaient que « la mesure n’a que peu permis de faire émerger des solutions pour les élèves les plus fragiles ». Ils recommandaient alors de repenser la politique engagée et d’inscrire les évolutions du collège dans « une démarche de long terme ». Le bilan dressé était sans appel : la mesure n’a pas permis de faire émerger de solutions efficaces pour les élèves les plus fragiles. Au contraire, elle a contribué au creusement des écarts et du séparatisme.
Ce constat d’échec n’est pas une surprise : de nombreuses alertes, ignorées et méprisées, avaient été lancées dès le départ par la communauté éducative – enseignants, syndicats, familles et chercheurs. Les effets du tri des élèves étaient déjà largement documentés.
La fin d’une mesure emblématique
Avec la publication du décret mettant fin à leur obligation, les groupes de niveau apparaissent aujourd’hui comme l’une des réformes les plus contestées du « Choc des savoirs ». Peu appliquée sur le terrain, critiquée par les personnels et par l’Inspection générale, la mesure est finalement abandonnée deux ans après son lancement. La réforme aura aussi supprimé au passage une heure de technologie en 6e.
Si le débat sur la prise en charge de l’hétérogénéité scolaire reste ouvert, la séquence des groupes de niveau illustre une nouvelle fois la difficulté à imposer une réforme éducative sans adhésion des acteurs de terrain.
Djéhanne Gani
Dans Le Café pédagogique
Le rapport qui accable les groupes de niveaux de Gabriel Attal
https://www.cafepedagogique.net/2024/01/29/groupes-de-niveau-le-choc-de-repulsion/
