Variété des textes et des contextes
L’ouvrage est organisé en cinq parties, chacune étant consacrée à une modalité d’écriture différente, que l’on pourra d’ailleurs aussi interroger avec les élèves : lettres intimes, mémoires, écrits autobiographiques, extraits de procès et témoignages collectifs. En tout, 17 textes, qui, de l’oraison de Périclès par Thucydide au Ve siècle av. J.-C, à « l’histoire orale » du 11 septembre 2001 collectée par le journaliste Garrett M. Graff, traversent le temps et l’espace pour nous parler aussi du monde d’aujourd’hui.
Seront ainsi évoqués des événements aussi variés que « La Déclaration d’Indépendance des Etats-Unis » à travers une lettre adressée en 1776 par Mercy Otis Warren, « première femme américaine à avoir publié une œuvre politique et historique », à John Adams, futur vice-président de George Washington ; la « Révolution cubaine et la crise de Cuba » à partir de la lettre testament politique du Che à Castro en avril 1965 ; ou encore « Le mur de Berlin, mur de l’histoire » dans un extrait de l’autobiographie de l’artiste Wolf Biermann, Ma vie de l’autre côté du mur, publiée en 2019.
A travers toutes ces voix, célèbres, ou parfois inconnues, comme celle des Poilus, l’ouvrage passe en revue des moments clés de l’Histoire internationale en en faisant une matière vivante : récit bouleversant de Michihiko Hachiya, médecin et directeur de l’hôpital d’Hiroshima au lendemain du 6 août 1945, compte rendu tétanisant du procès de Nuremberg pour France-Soir par Joseph Kessel en novembre 1945 ; témoignage accablant d’Alexandre Soljenitsyne dans L’Archipel du Goulag, en 1973, sur « l’immense système répressif » qu’ont été les camps de travaux forcés soviétiques…
Comprendre les textes, questionner les enjeux
L’ouvrage explique tout d’abord le contexte historique et politique de rédaction du témoignage et apporte quelques informations sur son auteurice. Ces éléments de contextualisation sont toujours résumés en 12 points et pas plus de deux pages. Place alors au texte qui se présente lui aussi sur une double page. On s’assure ensuite de sa compréhension en posant une première question : « En quoi ce témoignage historique est-il marquant ? » Les autrices en reprennent alors quelques courts extraits afin d’en éclaircir le sens : une démarche d’explicitation utile, visualisée par différentes polices d’écriture, qui ne vise pas à tout expliquer, mais plutôt à s’assurer que l’essentiel est en place.
On peut désormais passer à une seconde question : « Pourquoi une telle résonance aujourd’hui ? ». Cette fois-ci il s’agit de réfléchir, de mettre en perceptive, de prendre du recul. Quelles nouvelles formes d’expression artistique la première guerre mondiale a-t-elle fait naitre ? Qu’ont à nous dire les Mémoires de Marguerite de Valois, témoin directe du massacre de la Saint-Barthélémy sur les « Nationalismes religieux, fondamentalismes, fanatismes » de notre siècle, ou celles de Jean Monnet « père fondateur de la construction européenne » sur les crises que l’Europe traverse aujourd’hui ? L’autobiographie de Jung Chang, garde rouge pendant la révolution culturelle, Les Cygnes Sauvages, publiée en 1991, invite à interroger le « Culte de la personnalité en Chine, de Mao à Xi Jinping » ; le plaidoyer de Nelson Mandela lors du procès de Rivonia en avril 1964, à évoquer la permanence du « « Racisme et suprémacisme blanc » …
L’ensemble, documenté mais accessible à de grand·es collégien·nes, souvent poignant mais aussi plein d’humour et illustré de nombreux dessins et petites bulles colorées, promet de belles rencontres et découvertes. Un « décryptage en BD » très réussi !
Claire Berest
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