Destinées à bloquer les ondes de leurs téléphones, ces pochettes doublées en aluminium ont vite été désaimantés par les élèves. En témoignent les nombreux tutos diffusés sur les réseaux sociaux par des collégien·nes, ravi·es de contourner les interdits et de jouer au chat et à la souris avec les adultes.
C’est de leur âge et c’est de bonne guerre. Mais le jeu a tout de même un sacré coût : 50 000 pochettes, 800 bases de déverrouillages, 750 000 euros, peut-on lire sur le site du journal Le Parisien, là où de nombreux établissements ont eu recours à de simples boites en carton… Un budget qu’il aurait probablement été plus utile d’allouer à d’autres priorités qu’à cette opération de communication, relayée le jour de la rentrée par Martial Saddier (LR), Président du conseil départemental de Haute-Savoie, sur Facebook.
Un fiasco qui doit aussi nous rappeler qu’interdire sans éduquer ne peut être que voué à l’échec. Une question à laquelle sont aussi confrontés en cette rentrée les lycées, soumis à la même interdiction depuis le 1er septembre, interdiction qu’ils n’ont guère pu anticiper, et dont il va bien falloir s’emparer.
Une « belle occasion éducative » à saisir, explique Anne Cordier, professeure des universités en sciences de l’éducation et information, dans un récent article passionnant publié sur le site The Conversation : « Une connexion épanouie est une connexion choisie, consciente, maîtrisée, et suffisamment sereine pour que l’on puisse aussi décider de l’interrompre. L’interdiction du téléphone au lycée peut contribuer à cet apprentissage, à condition de ne pas faire cette éducation sans ceux qu’elle prétend éduquer. Sans association des adolescents à la réflexion, celle-ci risque de demeurer ce qu’elle est juridiquement : une interdiction. Les y associer, c’est peut-être précisément ce qui peut la transformer en éducation ».
Un rendez-vous à ne pas rater.
Claire Berest
