Elle s’ouvre par une activité d’écriture à partir de l’amorce « Cette nuit, j’ai rêvé… ». Les élèves découvrent ainsi que « le rêve résiste à trois opérations ordinaires : se souvenir, organiser, expliquer. » Il s’agit ensuite d’explorer quelques expressions poétiques du rêve à travers des textes de Machaut, Ronsard, Viau, Deshoulières, mis en relation avec des tableaux de Füssli ou de Magritte. L’Intelligence Artificielle Générative d’images est aussi utilisée pour éprouver sa capacité à produire un tableau baroque à la façon de Bosch ou pour tester une lecture de poème (« ce que l’image ne parvient pas à rendre oblige à revenir au texte »).
Un nouvel atelier d’écriture amène alors les élèves à transformer un récit personnel de rêve en prompt, à analyser et apprécier les images produites, à les utiliser comme support d’écriture d’un nouveau poème. Nicolas Bannier juge particulièrement intéressante cette expérience, pédagogique et onirique, de la métamorphose des mots et des images : « Le rêve n’est jamais reproduit à l’identique : il change lorsqu’il est raconté, lorsqu’il devient prompt, lorsqu’il devient image, puis lorsqu’il revient dans l’écriture. L’IA rend cette transformation visible. Elle oblige les élèves à formuler une intention, à constater les pertes, à accueillir certains imprévus, puis à décider ce qu’ils veulent garder. La création finale ne vient donc pas de l’image seule, mais du regard critique et poétique que l’élève porte sur elle. »
La séquence s’achève par une réalisation : Voix oniriques partagées. Les élèves doivent produire une création personnelle autour du rêve. Elle se nourrit de plusieurs sources : leurs propres textes, les textes des pairs, un texte littéraire, les œuvres étudiées, éventuellement l’IA. Elle est orientée par une « question d’écriture » : par exemple, « Comment dire ce que je ressens dans un rêve alors que les mots semblent toujours insuffisants ? », « Comment le rêve peut-il devenir inquiétant et ressembler à un cauchemar ? », « Comment le rêve permet-il de transformer le quotidien et de s’échapper de la réalité ? » …) Elle est accompagnée d’un carnet de création et d’un bilan réflexif.
Les productions finales sont jugées inégales par l’enseignant, mais « l’intérêt du projet est de faire expérimenter aux élèves un processus d’écriture (choisir une question, retenir une tonalité, s’appuyer sur une voix d’auteur ou de camarade, tester une forme, accepter certaines propositions, en refuser d’autres, justifier ses choix), non de faire produire des poèmes pleinement aboutis. De ce point de vue, les bilans réflexifs sont aussi importants que les textes finaux. »
Une invitation forte nous est ici aussi tracée : travailler et évaluer désormais les cheminements plutôt que les (in)aboutissements.
Jean-Michel Le Baut
Compte de rendu de séquence en ligne
Nicolas Bannier dans le Café pédagogique
