« Faire de l’IFE un lieu privilégié de débat »
C’est une antienne que l’on entend chez les acteurs du monde éducatif, ministres et autres candidats à des postes prestigieux : il faut davantage rapprocher la recherche et les professionnels de l’école. Parmi les défenseurs de cette idée, l’Institut français de l’Éducation (IFE) a une place de choix puisque c’est sa raison d’être même. Cet organisme, sise au sein de l’ENS de Lyon et qui se veut « autonome et indépendant », a pour objet « l’organisation du dialogue entre les chercheurs et les acteurs de l’éducation, et veut faire connaître les travaux des chercheurs aux professionnels », explique Xavier Pons, son directeur, lors d’une conférence de presse, le 16 septembre.
En effet, selon celui qui est également chercheur spécialiste des politiques éducatives, « les recherches internationales montrent qu’il est important d’alimenter les acteurs de l’éducation par la recherche dans leur pratique pour une amélioration des résultats ». Or, il constate « un écart important entre des recherches, nombreuses, et la reprise, partielle voire inaboutie, de ces travaux ». Une situation qui s’explique selon lui notamment par « un manque de temps des professionnels et des difficultés à identifier les recherches et les chercheurs pertinents pour leur activité ».
L’IFE veut alors profiter de la prochaine élection présidentielle et de la campagne qui la précède pour améliorer le lien recherche-terrain, et au-delà. Xavier Pons porte ainsi l’ambition de « faire de l’IFE un lieu privilégié de débat des politiques éducatives dans le cadre des prochaines échéances ». A ce titre, l’institut lance une nouvelle publication, qui s’ajoute à celles déjà existantes telles que Edurevue (synthèse de travaux de recherche sur une thématique) ou Edubref (analyse d’une thématique à partir de la recherche) : Edudébat.
Partir d’une question déjà dans le débat public
Alors que, d’ordinaire, les travaux de l’IFE consistent à partir d’une question traitée par la recherche pour l’analyser et en publier un condensé des résultats, avec Edudébat, la démarche est différente : « On part d’une question qui circule dans le débat public », explique Marie Gaussel, en charge de cette publication. Précisément, pour pouvoir faire l’objet d’un numéro d’Edudébat (l’objectif est d’en publier deux par an), le thème doit avoir eu un « écho dans les arènes à la fois médiatiques, politiques et scientifiques », ajoute-t-elle.
Autre différence avec les habitudes de l’IFE : alors que le public cible est d’ordinaire les professionnels de terrain, Edudébat vise en plus tous les autres acteurs qui s’intéressent aux questions éducatives : politiques, médias, etc.
Un numéro sur la cantine, puis sur les violences subies par les élèves
Le premier numéro de cette « note de controverse », telle qu’elle est présentée par l’institut, publié début septembre, porte sur la cantine scolaire. Il évoque notamment les questions de la gratuité (« universelle, ou ciblage social ? ») et des menus (« unique, ou de substitution ? »). Le deuxième portera sur les violences subies par les enfants dans l’espace scolaire. « Nous partons des présupposés du débat et on déplie en trois temps : comment la recherche documente la thématique ; ce qui fait débat ; les zones d’incertitudes, ce que le débat ne dit pas. L’idée est notamment de montrer que ce qui est souvent vu comme aller de soi ne va en réalité pas forcément de soi », poursuit Marie Gaussel.
Une des difficultés voire contradictions de cette publication est qu’elle doit éclairer le débat en un minimum d’espace : d’une longueur de quatre pages, chaque question est abordée succinctement. Xavier Pons confirme : « La gageure consiste à arriver à faire passer énormément de choses dans un format court ». Il faut voir cette publication comme « un point de départ pour étudier une problématique » même si, reconnait-il, elle s’adresse à un public « pressé ».
En résumé, Edudébat « ne dit pas quoi faire, mais dit ce que la recherche dit sur tel sujet », conclut Xavier Pons. Et de formuler un espoir, quasi utopique, en paraphrasant Claude Thélot : « Si on arrive déjà à se mettre d’accord sur les constats, on aura fait un grand pas ».
Erwin Canard
