Quand et par qui l’AFEF a-t-elle été créée ? Quels en étaient les grands principes fondateurs ?
Créée en 1967 sous le nom d’AFPF (Association française des professeurs de français), notre association a été fondée à la même époque que la FIPF (Fédération Internationale des Professeurs de français de laquelle l’AFEF est adhérente), à la fois pour répondre aux besoins de regroupements des professeurs de français des pays francophones, et pour promouvoir une conception renouvelée de l’enseignement de français dont le Manifeste de Charbonnières, rédigé en septembre 1969 et publié en février 1970 comme n° 9 de notre revue Le Français Aujourd’hui, a constitué le texte fondateur et dont nous nous sentons toujours héritiers aujourd’hui.
- L’association prendra le nom d’AFEF en 1973 pour remplacer le terme de professeurs par celui d’enseignants, afin de s’adresser à l’ensemble des enseignants, de la Maternelle à l’Université, terme qui, du reste, s’avère plus adapté à notre posture et à nos valeurs. Elle a encore changé de nom il y a quelques années car les enseignants du 1er degré se reconnaissent finalement assez peu comme enseignants DE français : AFEF signifie désormais Association Française POUR l’Enseignement du Français.
L’association a-t-elle évolué depuis sa création ?
Nous tenons à la dimension à la fois « politique » de notre association qui n’hésite pas à prendre position et à faire des propositions (notamment en menant une réflexion globale sur les inégalités qui traversent notre système par exemple par la prise en compte des dimensions langagières, la manière dont l’évaluation produit ces inégalités, etc.), mais aussi à sa dimension « formatrice » originelle qui s’appuie à la fois sur l’analyse des besoins du terrain et sur les recherches en didactique du français.
Nous conservons des liens forts avec la FIPF dont nous avons organisé le dernier congrès à Besançon en 2024 et dont la présidence de la Commission de Français Langue Première est tenue par l’un des membres du CA de l’AFEF.
Depuis un an, nous travaillons aussi à une dimension plus collégiale dans la gouvernance. Cela prend du temps, mais la dimension collective nous semble vraiment essentielle dans un monde de plus en plus replié et individualiste.
Nous organisons plusieurs rendez-vous par année sous la forme de webinaires portant soit directement sur l’enseignement de certains aspects de la discipline, à certains niveaux de classe (« Redonner du sens à l’enseignement de la littérature au lycée », le dernier en date par exemple), soit sur des questions transversales abordées par le prisme de l’enseignement du français (« Ecrire à l’heure de l’IA », « Evaluer », « Penser et amoindrir les inégalités », …). Ces webinaires sont enregistrés et mis à disposition sur le site.
Avant le Covid, nos rdv étaient en présentiel, à Paris, sous la forme de rencontres – débat ou de labos d’idées sur des sujets sensibles liés à l’enseignement de la discipline. Elles sont toutes consignées sur le site.
Dans quelle mesure peut-elle aussi être force de contestation et/ou de proposition ?
Nous portons également un regard de spécialiste sur l’actualité de notre institution : nouveaux programmes, l’évaluation de l’orthographe aux examens…, soit par des billets d’humeur et des prises de position publiées sur notre site, soit en réponses à des sollicitations de journalistes, soit en participant à certaines réunions au ministère quand celui-ci daigne nous convier (nouveaux programmes, réformes).
Les adhérents et abonnés à la Lettre reçoivent dans l’année une lettre d’informations des différentes actions, assortie d’un Edito qui se positionne sur l’actualité.
Quelques mots justement des programmes actuels dans votre discipline ?
Ceux du lycée sont très problématiques, du fait de propositions de corpus très éloignées des élèves et d’exercices du bac très formatés.
Ceux du collège contiennent des propositions intéressantes sur la prise en compte de l’élève comme lecteur singulier, la nécessité de l’écriture en lien avec la pensée, mais les enseignements étant souvent pilotés par l’examen auquel ils doivent aboutir, une fixation institutionnelle sur la maitrise de l’orthographe est en train d’empêcher toute réflexion sur son enseignement …
Les associations, bien que disciplinaires, ont des combats communs, et l’unité peut faire la force. Comment coopérez-vous les unes avec les autres ?
C’est une grande difficulté pour nous. Il y a plusieurs associations d’enseignants de français qui ne peuvent pas vraiment s’accorder entre elles tant nous sommes sur des positionnements idéologiques distincts pour ne pas dire opposés.
Nous avons des liens depuis toujours avec l’APMEP (association des profs de maths), nous essayons de créer quelques liens avec celle des professeurs de SES, et quelques autres, mais tout cela est en construction et variable selon les actualités de chacun.
Certains membres de notre CA sont eux-mêmes membres d’autres associations : le Café pédagogique justement, le CRAP, Riposte, Questions de classe, ce qui nous permet a minima de suivre les combats et actualités de celles-ci.
Face à la désaffection qui semble grandissante des jeunes générations d’enseignant.es à l’égard des associations disciplinaires, qu’auriez-vous envie de leur dire ?
Elles peuvent permettre de rompre l’isolement dans lequel on peut vite se retrouver en tant qu’enseignant, notamment lorsque l’on n’est pas en poste fixe ; c’est un lieu de rencontres, réflexion et d’expression plus libres car nous ne sommes pas sous le regard de l’institution. Cela peut représenter un grand soutien, de l’aide, et une dynamique que l’on ne peut pas toujours avoir dans son établissement. Cela permet aussi d’avoir des temps pour prendre du recul face aux urgences du quotidien.
Alors que se profile une année aux enjeux essentiels notamment pour l’Ecole, comment envisagez-vous cette rentrée scolaire ?
Il nous semble qu’il va s’agir de porter des voix et des positions fortes car l’Ecole semble être au cœur des programmes politiques des potentiels futurs candidats et elle fait l’actualité depuis la rentrée : entre l’orthographe par le Ministre, les blocages des lycéens, on voit qu’il va y avoir des enjeux bien au-delà des programmes …
Propos recueillis par Claire Berest
