Une pétition et un rendez-vous au ministère
Parmi les propositions adressées au gouvernement dans une pétition signée par près de 65 000 personnes, les organisations d’élèves et d’étudiants réclament de « repenser les rythmes scolaires » et de « mettre fin à la sélection via Parcoursup ». Ces deux critiques rejoignent celles des syndicats d’enseignants sur les réformes du lycée et du bac. Ce jeudi après-midi, le ministre reçoit l’Union syndicale lycéenne, Renouveau lycéen et Lycéens !, en présence de Philippe Baptiste, chargé de l’Enseignement supérieur. Édouard Geffray a déjà répondu sur le fond lors de son audition à l’Assemblée nationale : « Dire que Parcoursup trie, c’est un raccourci technique et moral assez évident », a-t-il nuancé. Selon lui, « la plateforme met juste en relation les candidats et les formations qui sélectionnent. L’enjeu réside donc dans la transparence des critères de sélection de ces formations. »
Groupe-classe éclaté, inégalités renforcées
Depuis 2019, les élèves choisissent trois spécialités en première, puis en gardent deux en terminale. Le contrôle continu qui accompagne cette réforme nourrit stress et pression, résumé en un mot désormais « Parcoursup ». Cette individualisation a affaibli le collectif : les groupes réunissent parfois des élèves de six classes différentes, qui se connaissent mal. Le morcellement des emplois du temps empêche de rattraper les heures perdues et de mener des projets pluridisciplinaires, tandis que les effectifs réduits reculent : selon une note de l’APSES de 2023, plus de huit professeurs de SES sur dix en bénéficiaient avant la réforme, moins de la moitié après. L’association des professeurs de SES appelait à « fermer la parenthèse Banquer » lors de leur dernière journée d’étude. Les combinaisons de spécialités ont accentué aussi les inégalités de genre.
Une réforme en profondeur, contestée depuis ses débuts et dans un rapport de 2023 de l’IGESR
Depuis 2019, les élèves choisissent trois enseignements de spécialité en première, puis en conservent deux en terminale jusqu’aux épreuves du bac. Plusieurs mesures ont été détricotées depuis, signe, aux yeux des syndicats, d’une politique à géométrie variable qu’ils reprochent aux sept ministres qui se sont succédé en quatre ans.
Un rapport de l’inspection générale de l’éducation, du sport et de la recherche (IGESR) sur le lycée général et technologique publié en 2023, dressait déjà un constat sévère, en pointant « Défiance, abandon, humiliation ». Il relève que « les inquiétudes, nombreuses, se sont exprimées de façon vigoureuse et répétée » chez les enseignants, « allant fréquemment jusqu’à l’expression d’une colère et d’un véritable désarroi », et que « la majorité des enseignants militent pour un retour à la situation précédant la réforme ». Sur le bien-être des élèves, il alertait déjà : « La phobie scolaire a fortement augmenté en classe de seconde (…) La mission a été amenée à rencontrer des cas extrêmes ». Il pointe aussi « un enjeu d’orientation où il n’y en avait pas auparavant » depuis le passage d’APB à Parcoursup, la « pression sur les élèves mais aussi sur les enseignants, avec une montée des contestations de notes de la part des élèves », ainsi que les « injonctions successives et le manque de concertation » dans le pilotage de la réforme. Il recommandait entre autres un suivi régulier de l’état psychologique des lycéens et 54 heures annuelles d’orientation intégrées à la dotation horaire globale.
« Le mal est bien plus profond »
Pour Élisabeth Allain-Moreno, secrétaire générale du SE-Unsa, la réforme du lycée n’explique pas tout : « La réforme du lycée n’est pas seule à l’origine de la colère lycéenne. Le mal est bien plus profond et reflète le total désengagement des gouvernements « Macron » dans notre jeunesse. Mais cette réforme qui n’a jamais été opérationnelle et pèse lourdement sur les conditions d’apprentissage vient alourdir la fracture entre jeunes et décideurs. » Elle dresse la liste des maux : « gros déficit de personnels de tous les métiers indispensables aux jeunes », « problématiques de remplacement des profs », « espace de dialogue méprisé », « état du bâti scolaire », « grosses disparités entre les lycées et les territoires » et « manque cruel d’accompagnement à l’orientation alors que Parcoursup le nécessite ».
Voie professionnelle : « moins qu’avant »
Les lycéens professionnels expriment des revendications proches de celles de la voie générale pointant les manques quant aux manques d’effectifs et d’enseignants, mais aussi accès aux études supérieures. Pour Axel Benoit, secrétaire général du SNEP-FSU, « on leur permet moins qu’avant de poursuivre des études ». Il plaide pour ouvrir davantage de places et pour renforcer les enseignements durant la formation en lycée professionnel, plutôt que de considérer ces élèves issus plus souvent de milieux défavorisés avec défiance et mépris.
Djéhanne Gani
Dans Le Café pédagogique
