En 1973, premier choc pétrolier, les lycéens, (nous), sont dans la rue contre l’état qui veut les enrégimenter dès 18 ans. En 1976 les étudiants luttent contre la marchandisation de l’université. Dans les deux cas la jeunesse demande aux adultes de ne pas lui abandonner une société qui va à la dérive. Au-delà des revendications du moment, c’est surtout l’angoisse de l’avenir qui est sous-jacente. En 2026, les demandes hétéroclites et justifiées des lycéens et étudiants donnent une impression de déjà vu et déjà entendu, il y a plus de cinquante années. Mais alors qu’avons-nous fait, nous adultes d’aujourd’hui qui à l’époque étions au premier rang de la contestation ?
Une drôle d’impression
Avons-nous été irresponsables, nous aussi ? Alors que jadis nous faisions entendre notre voix, sans pour autant être entendus, nous sommes petit à petit rentrés dans le rang de la nécessité quotidienne et du poids ressenti des institutions figées. Pourtant nous avions voulu transformer nos institutions et en particulier notre école. Chacun de nous a essayé, localement, des pistes innovantes, des alternatives. Mais jamais nous ne sommes parvenus à être entendus. Certains ont même accepté les compromis d’une société qui, alors que les trente glorieuses se terminaient et la crise émergeait, leur apportait suffisamment de confort pour ignorer la dégradation réelle du système éducatif.
Et pourtant, d’aucuns ont fait des propositions
En 1992, Jean Marie Albertini, économiste et pédagogue, propose dans son livre La pédagogie n’est plus ce qu’elle sera (Le seuil, CNRS 1992) des pistes de réflexion et d’action : des emplois du temps souples, des contenus disciplinaires allégés, une gestion différente du temps de l’enseignant. Voilà, parmi d’autres, quelques-unes de ses propositions. Plus largement cet ouvrage tente de réconcilier recherche, trop souvent déconnectée, et enseignement le nez dans le guidon, mais surtout de rendre à l’école une place pour permettre aux jeunes de se construire.
Plus tard, Goéry Delacote, physicien, publie Savoir apprendre, Nouvelles méthodes (Editions Odile Jacob 1996). Là encore l’auteur ouvre des perspectives sur de possibles évolutions des systèmes éducatifs. Il en est d’autant plus légitime qu’il s’appuie sur aussi bien ses activités de chercheur que celle de concepteur de dispositifs pédagogiques originaux (La Villette en France et l’Exploratorium de San Francisco).
On remarquera que ces deux auteurs ont intégré dans leur vision de l’avenir la place des Technologies informatiques et numériques. Car, conscients des évolutions en cours, ils ont tous deux bien senti qu’une école « à part » risque de s’enfermer. Aussi ont-ils fait des propositions concrètes, parfois au sein même de structures institutionnelles (sans pour autant être entendus…)
Relire, relire, relire
C’est en 1999 qu’Edgar Morin publie Les sept savoirs nécessaires à l’éducation du futur (UNESCO 1999 disponible en ligne). Cet ouvrage, à la suite des deux précédents évoqués, est une force de proposition pour l’école à venir. Il met au centre, à l’instar des autres auteurs, la question des connaissances et de leurs limites. Il montre la fragilité de celles-ci, la nécessité de se prémunir des erreurs, des errements, et même des idéologies qui les guident.
Cet ouvrage est probablement encore trop actuel pour être passé sous silence en ce moment. Il convient alors de le relire et en particulier le dernier chapitre intitulé « L’éthique du genre humain » qui se veut une sorte de rappel de notre condition humaine, un appel à la modestie et surtout à penser l’enseignement, l’apprentissage comme la base de la démocratie…
Et le Café Pédagogique alors ?
Intitulé Parions sur l’école et l’éducation, le manifeste proposé ici reprend au travers de ses nombreuses contributions les propositions de nos trois auteurs cités ici. On déplorera qu’il faille encore une fois faire ce travail de mise à jour et d’explicitation des besoins éducatifs de notre société en développement. Au moment des choix politiques, mais aussi de la crise lycéenne et universitaire, il faut retourner aux acteurs impliqués et à la recherche de pistes d’actions.
Le samedi 10 octobre 2026 a été un moment fort de présentation de toutes ces propositions en présence de nombre de ses auteurs. Il a permis de poser (de rappeler aussi) les questions dont chacun de nous doit s’emparer pour que l’éducation retrouve une place essentielle dans ce qui doit faire une société démocratique comme le rappelle Edgar Morin dans ce paragraphe intitulé « LA BOUCLE INDIVIDU +++ SOCIETE : ENSEIGNER LA DEMOCRATIE ».
Bruno Devauchelle
Parions sur l’École et l’éducation : Un manifeste pour une école du temps long
