Seuls 27 % des enseignants français sont satisfaits de leur rémunération
La question de la rémunération s’est imposée dès la rentrée scolaire avec la note de la Depp, notamment à l’occasion de la journée de mobilisation nationale. Les chiffres de l’OCDE donnent une mesure de l’insatisfaction : 73 % des enseignants français se déclarent insatisfaits de leur salaire. Seuls 27 % des enseignants français se disent satisfaits de leur rémunération, contre 40 % en moyenne dans les pays de l’OCDE. La satisfaction à l’égard des conditions de travail est plus élevée, mais reste inférieure à la moyenne internationale : 59 % des enseignants français en sont satisfaits, contre environ 70 % dans l’OCDE.
Un salaire inférieur de 18% en milieu de carrière à la moyenne de l’OCDE
Les écarts de rémunération avec les autres pays sont particulièrement marqués en milieu de carrière. « Un enseignant en début de carrière en France gagne 2 % de moins que la moyenne des pays de l’OCDE. En milieu de carrière, il gagne 18 % de moins », explique Éric Charbonnier, expert de l’OCDE. En fin de carrière, pour les enseignants de la classe exceptionnelle, l’écart est de 4 %.
Ces comparaisons intègrent toutefois plusieurs éléments de rémunération. Les calculs de l’OCDE prennent notamment en compte deux heures supplémentaires pour les enseignants du collège, ainsi que certaines indemnités et primes. Ils ne correspondent donc pas au seul salaire statutaire.
2 900 postes non pourvus, mais une pénurie concentrée
La France comptait environ 2 900 postes d’enseignants non pourvus à la rentrée. Un chiffre qui peut sembler important, mais qu’il faut rapporter aux quelque 900 000 enseignants du premier et du second degré, précise Eric Charbonnier : « Il s’agit d’une toute petite proportion ». Selon lui, le principal enseignement est ailleurs : « Ce sont des pénuries d’enseignants concentrées sur certains territoires et aussi sur certaines matières. » Les mathématiques et les sciences naturelles sont notamment concernées. Dans ces disciplines, des pénuries sont observées dans 11 des 16 pays étudiés, dont la France. À l’inverse, l’histoire-géographie ou l’EPS sont moins touchées.
Le remplacement, un problème plus important que les postes vacants
L’édition 2026 de Regards sur l’éducation fait un focus sur la question de la pénurie des enseignants. Pour Éric Charbonnier, la pénurie ne se mesure pas seulement au nombre de postes vacants. Le remplacement des enseignants absents constitue un problème majeur.
Le nombre de postes non pourvus à la rentrée ne suffit donc pas à mesurer les difficultés du système éducatif. En 2023-2024, 9 % des heures de cours obligatoires au collège n’ont pas été assurées, soulignait l’an passé un rapport de la Cour des comptes. « La vraie problématique en France, ce n’est pas forcément le nombre de postes non pourvus en début d’année scolaire, mais c’est plus la capacité de remplacer les enseignants absents au cours de l’année scolaire », estime l’expert de l’OCDE.
Les chiffres de l’OCDE dessinent une pénurie des enseignants multifactorielle. Le problème n’est pas seulement d’en recruter davantage, mais de parvenir à les attirer, à les maintenir dans le métier, dans les disciplines et les territoires où les besoins sont les plus importants, tout en assurant les remplacements au cours de l’année. Et cela est une question de métier comme de santé. Cette situation pose la question des remplacements longs, des arrêts maladie dans un contexte de vieillissement de la profession, de sa paupérisation accompagnée d’une politique de rémunération allégée en cas de maladie.
Les contractuels et les démissions en hausse
Le recours aux enseignants contractuels s’est accru. Ils représentent désormais 7 % du corps enseignant en France, contre 9 % en moyenne dans l’OCDE. La situation est toutefois très différente entre le 1er et 2nd degré, ce sont environ 3 % de contractuels dans le primaire, contre 11 % dans le secondaire avec une progression marquée ces dernières années.
En 2024-2025, les départs de la profession représentent 8,6 % des enseignants, dont 1,9 % de démissions. Les départs à la retraite restent donc majoritaires. Les démissions progressent également. Leur nombre est passé d’environ 1 400 en 2017-2018 à 2 366 en 2023-2024.
Un métier confronté au vieillissement de ses effectifs
22 % des enseignants ont plus de 55 ans. Le vieillissement du corps enseignant pose à la fois la question des futurs départs à la retraite et celle des conditions d’exercice du métier. La politique de santé sera également un enjeu majeur. Et c’est un sujet important à l’heure où les conditions de mutuelle et de la prévoyance ont changé tout comme la mise en place du jour carence et de la rémunération à 90% lors de congé maladie ordinaire depuis mars 2025.
La cour des Comptes alertait déjà en 2025 sur la hausse des arrêts maladie et le manque de prévention : « La forte hausse du nombre d’enseignants de plus de 50 ans, davantage sujets aux absences longues, aux maladies professionnelles et aux accidents du travail, nécessitera une politique de prévention et d’accompagnement RH spécifique, en particulier pour aménager les fins de carrière ».
Djéhanne Gani
