
Comment réconcilier (si besoin) les élèves avec les fractions ? Marion Fellrath, enseignante en CM2, raconte comment cet outil pédagogique permet de conjuguer plaisir d’apprendre, autonomie et construction des savoirs. Une expérience qui invite à penser la place du jeu dans les apprentissages.
« Je suis nul.le en maths. » Combien de fois avons-nous entendu cette phrase dans la bouche de nos élèves ? Et ce, dès la primaire ! Il ne s’agit pas de cas isolés car même les enquêtes PISA rappellent que cette peur peut avoir un impact direct sur les performances et la confiance des élèves. La phobie des mathématiques est donc un sujet on ne peut plus sérieux. En tant qu’enseignante, j’ai longtemps cherché des outils capables de redonner aux mathématiques une dimension plus concrète, plus sereine, voire plus ludique.
L’enseignement des fractions au cycle 3 : tensions entre abstraction et manipulation
Pour enseigner les fractions, je me trouvais souvent confrontée à deux problématiques :
- Soit les méthodes proposées me semblaient trop théoriques et trop pauvres en manipulation.
- Soit j’axais la séquence sur beaucoup de manipulation, mais je peinais ensuite à détacher les élèves du matériel pour passer à une phase d’abstraction.
Faisant partie d’un établissement REP, j’ai pu bénéficier de tout un parcours de formation autour d’un jeu mathématique entièrement dédié à l’apprentissage des fractions, qui s’appelle l’Atelier des Potions. Le matériel nous était fourni par le réseau REP et nous bénéficiions d’une possibilité d’échanger fréquemment avec les concepteurs du jeu pour leur faire part de nos besoins ou de nos retours sur la méthode.
Le jeu est présenté ainsi sur le site :
Les élèves, apprenti.e.s sorcier.ère.s, réalisent des potions en sélectionnant la bonne fraction d’ingrédient parmi ceux à leur disposition.
L’Atelier des Potions – Jeu de Base est conçu comme un véritable outil pédagogique pour les enseignants, permettant de traiter et de donner du sens aux notions au programme du cycle 3 et de réaliser une progression didactique sur chaque année scolaire :
- fractions inférieures, égales et supérieures à 1 ;
- équivalence de fractions ;
- somme de fractions ;
- décomposition de fractions.
Il peut aussi être utilisé pour consolider et réinvestir les notions déjà acquises, et permettre des ateliers de remédiation pour les élèves en grande difficulté.
Une progression didactique pertinente
L’un des intérêts majeurs de cette ressource est de rappeler une idée essentielle : une fraction n’est pas seulement un « découpage » ou un « partage », mais un nombre qui n’est pas nécessairement un entier.
Il y a toute une progression très bien pensée. Voici, par exemple, les trois premières séances :
Séance 1 : Une situation d’introduction avec un bon dosage ludique-didactique : les élèves découvrent, par une activité de partage de gâteaux, le fait qu’il y a de nouveaux nombres qui ne sont pas entiers et que ces nouveaux nombres vont s’écrire sous forme de fractions.
Séance 2 : On rentre dans une phase de construction du savoir. Il y a une phase individuelle de recherche, une phase collective, puis une mise en commun et une institutionnalisation. On crée ensemble une « guirlande de fractions » permettant de montrer aux élèves qu’une même quantité peut avoir plusieurs formes d’écritures fractionnaires.
Séance 3 : C’est la mise en place d’un vrai jeu de société. Les enjeux didactiques, c’est le réinvestissement. On peut faire jouer les élèves par équipes ou seuls. Ils peuvent se lancer dans une vraie partie de jeu de société en autonomie, puis on peut terminer par des défis pilotés par l’enseignant.e.
La séquence continue de manière progressive et chaque niveau de complexité est accompagné de nouvelles cartes-défis pour les élèves, voire d’extensions du jeu.
Les points forts
- L’autonomie des élèves car, une fois le jeu mis en place, ils ont le « grimoire des solutions » pour valider leurs réponses et avancer sans avoir besoin de l’enseignant à chaque étape.
- La cohérence et la progression didactique que l’on sent très réfléchies. Le côté « pas à pas de la méthode » a permis un immense progrès chez les élèves.
- Faire rimer mathématiques avec plaisir ! Les élèves réclament le jeu et ont envie de gravir les échelons vers plus de complexité.
Osons jouer pour apprendre !
Cette méthode permet de montrer que l’aspect ludique d’un support est loin d’être anecdotique. Dans ce cas, tout est conçu pour que ce soit un véritable levier d’apprentissage. Loin de semer la zizanie au sein d’une classe, un jeu très clair et structuré permet le processus de dévolution où l’élève s’engage véritablement dans la tâche et devient acteur dans la construction du savoir.
Et surtout, là où il y a du plaisir, il y a un terreau fertile pour faire pousser des connaissances.
Marion Fellrath
