Par François Jarraud
« Le décrochage est un processus social qui a des conséquences politiques » a rappelé Guillaume Balas, président du groupe PS au conseil régional d’Ile-de-France, auteur d’un ouvrage sur cette question. « C’est pour cela que ce n’est pas seulement le combat de l’Ecole mais de toute la société ». Cette conviction est partagée par le président du conseil régional, Jean-Paul Huchon, qui a rappelé les efforts faits par la région qui finance 10 plateformes, 4 micro lycées, des programmes axés sur la prévention, le renforcement des liens avec les entreprises et l’accompagnement au retour en formation. George Pau-Langevin, ministre de la réussite éducative, a rappelé que la lutte contre le décrochage « est au coeur de la refondation de l’Ecole ».
« J’ai mis 6 mois à apprendre à faire confiance aux enseignants », raconte une ex décrocheuse qui suit maintenant des études supérieures. « C’est insupportable d’être assis toute la journée à écouter des personnes qui ne nous parlent jamais ». D’autres facteurs interviennent dans le décrochage, par exemple des conflits familiaux. L’orientation est aussi vivement critiquée. Mais le grand témoin des Assises, est Michel Janosz, professeur à l’université de Montréal. C’est qu’au Québec la question de la persévérance dans les études est suivie depuis plus de 15 ans. Plusieurs types de décrocheurs ont été identifiés : les discrets, les désengagés, les sous performants et les inadaptés, qui ont tous des rapports particuliers à l’école. Leur détection est possible dès le collège. L’expérience québécoise montre que pour avoir des résultats il faut mobiliser toute la société. La difficulté c’est d’insuffler des changements dans l’Ecole. Il faut donc un vrai soutien aux enseignants.
« Pour certains jeunes l’école est la seule clé », explique Henriette Zoughebi. « Il faut être à la hauteur de cette exigence ». La question concerne l’Ecole où il faut « revoir les contenus » mais aussi renforcer les équipes. « La région va mener une politique résolue », annonce-t-elle. Mais « si l’éducation nationale ne suit pas c’est mission impossible. On a besoin d’accompagnement humain, d’adultes autours des jeunes et qui croient en eux ». Mais pour que ces différents acteurs apprennent à se connaître des ateliers les attendent.
Les ateliers rassemblaient les participants de tous horizons (collectivités locales, associations, parents, acteurs sociaux, bénévoles de terrain, conseillers orientation, enseignants…) autour de questions essentielles : comment sécuriser les parcours, accompagner les jeunes en dehors de la classe, élargir l’accompagnement à l’environnement familial et social, mobiliser l’alternance pour « développer l’appétence scolaire », enfin organiser la formation continue au-delà de la scolarité initiale. Les propositions des groupes de travail se rejoignent sur la nécessité de relais et de médiations, d’équipes pluri-professionnelles, de mutualisation des moyens entre structures s’adressant séparément aux mêmes publics, mais aussi d’un assouplissement effectif des passerelles entre filières d’études, ou encore de mise en place de dispositifs qui assurent des droits aux jeunes pris dans les méandres du système de la formation scolaire et professionnelle. Le droit à l’échec, enfin, doit laisser place à un droit à l’expérimentation qui ne relègue pas tâtonnements et incertitudes au rang de ratages dès le début de la vie étudiante et professionnelle.
En conclusion, Emmanuel Maurel, vice-président du Conseil Régional d’IDF a rappelé combien le décrochage scolaire constitue une cause prioritaire pour le pays et la Région et la nécessité de mobiliser tous les acteurs susceptibles de faire progresser la situation. Environ 25000 jeunes franciliens sortis sans qualification du système scolaire, qui risquent de disparaître des dispositifs et vont se retrouver au chômage pour la moitié d’entre eux : « au-delà des questions de pédagogisme, s’insurge Emmanuel Maurel, cela justifie de mettre tout le monde autour de la table ». Entre Éducation nationale, apprentissage, formation professionnelle, et monde l’entreprise, il faut en finir avec ses univers cloisonnés et qui ne se parlent pas, à cause de blocages d’ordre culturel qu’il va falloir lever. C’est la condition pour assurer une fluidité entre ces systèmes, qui permette aux élèves de passer de l’un à l’autre.
La région Ile-de-France a adopté le 11 octobre une enveloppe qui porte à 25 millions l’aide apportée par la région à la réussite des lycéens. 15 millions sont attribués à cette rentrée au renouvellement de manuels scolaires (150 € par élève) et 23€ pour l’achat de livrets d’exercice en L.P.Plus de 200 000 jeunes vont bénéficier de cette mesure.
Je pense qu’on a une certaine expertise dans la mobilisation, mais on sait aussi que ce n’est pas suffisant. Nous sommes beaucoup dans l’expérimentation concrète. Ce serait intéressant de voir, de part et d’autre, comment chacun de nos pays trouve des solutions, apporte des réponses différentes à des problèmes qui sont similaires. En même temps, parfois les problèmes paraissent similaires, mais pas dans les mêmes contextes : il faut faire attention à l’exportation des solutions des uns et des autres par rapport à ça. La question de l’ouverture à l’évaluation, au suivi de ces actions, à leur monitorage, c’est en plein bouillonnement pour nous. Je pense que ça pourrait être intéressant pour vous de le voir, parce que c’est nécessaire à l’innovation.
|
|||
