Suivons donc en confiance Fatima, sérieuse lycéenne de 17 ans, habitant en banlieue au sein d’une famille aimante, de la fin d’une scolarité réussie à son installation à Paris pour des études de philosophie, durant une année de bouleversements intérieurs, dans la tension suscitée en elle par l’émergence inattendue d’un désir homosexuel et l’expérience d’une différence a priori incompatible avec sa foi religieuse.
Sur les chemins accidentés et inattendus du désir
Au plus près de son héroïne, incarnée par une supposée débutante, Nadia Meliti, port de reine, talent magnétique, la cinéaste emprunte les mêmes voies qu’elle ; des voies, tantôt joyeuses tantôt dérangeantes, de la croyance à la souffrance, des désirs naissants, des emballements sensuels à l’élan amoureux jusqu’aux failles persistantes.
Au fur et à mesure que s’ouvrent de nouveaux horizons, des jours incertains en pleine lumière à l’or et aux rouges des nuits incandescentes, La Petite Dernière nous offre, dans la justesse constante et les pointes de lyrisme de sa mise en scène, le très beau portrait sensible d’une jeune femme, habitée par la soif de ‘vivre sa vie’. Il ne s’agit pas seulement du chemin d’apprentissage d’une jeune musulmane dans le trouble de son attirance pour les femmes et la difficile transgression des tabous religieux et sociaux.
Vivre sa vie, être digne de ce qui arrive
A travers les tâtonnements, les tentations, les reculs et les avancées de sa protagoniste en pleine mue, La Petite Dernière nous conduit à découvrir une autre dimension de l’existence à laquelle Fatima finit par s’abandonner, à bras ouverts et le corps offert. Et c’est aussi une histoire de souffle pour celle qui se surprend à tressaillir au contact de la main de Ji-Na (Ji-Min Parker, formidable comédienne) lors d’une séance de respiration destinée à domestiquer son asthme ; un séisme intime prélude à une attirance sexuelle et amoureuse aux conséquences insoupçonnées.
En jeune femme d’aujourd’hui, Fatima traverse sous nos yeux les épreuves initiatiques menant progressivement à se connaître, s’accepter, apprendre des autres. Aimer. Etre digne de ce qui arrive. Et la fiction vibrante, dans sa familiarité avec notre vulnérabilité et notre humanité, nous regarde.
En ces temps de violence et d’intolérance sans grande transcendance, ne boudons pas ce plaisir rare.
La Petite Dernière de Hafsia Herzi nous propose in fine de partager la fragilité d’un parcours d’émancipation féminine à la grâce miraculeuse.
Samra Bonvoisin
La Petite Dernière, film de Hafsia Herzi ; librement inspiré du livre éponyme de l’écrivaine Fatima Daas – sortie le 22 octobre 2025 – Festivals : Prix d’interprétation féminine pour Nadia Meliti, Queer Palm, Cannes 2025 ; Locarno 2025.
