Quand les Cahiers pédagogiques soufflent leurs 80 bougies, le Café pédagogique ne pouvait manquer cet évènement ! Entretien avec la rédactrice en cheffe Cécile Blanchard, la présidente du CRAP-Cahiers pédagogiques, Alexandra Rayzal, et Hélène Limat, directrice des publications, petit détour dans le rétroprojecteur.
Vous soufflez les 80 bougies des Cahiers pédagogiques, nés en 1945. Comment résumer toutes ces années ?
Oui, 80 ans des Cahiers pédagogiques, qui l’eût cru ? Combien de fois a-t-on pensé que ce serait la fin des Cahiers ? Les problématiques financières sont toujours là, l’équilibre fragile, qui nous tient et fait que l’on veut encore et toujours y croire ? ce sont ces huit décennies d’engagement associatif, de réflexions, de débats, de remises en question, autour d’une idée qui nous rassemble toujours malgré les divergences : l’école peut — et doit — contribuer à transformer la société.
Lorsque la revue naît en 1945, dans le sillage des classes nouvelles de Gustave Monod, la France se reconstruit, mais tout est à repenser : les institutions, les pratiques, les valeurs démocratiques. C’est dans cet élan que les Cahiers pédagogiques prennent vie. Dès l’origine, la revue porte une conviction forte : l’éducation n’est pas seulement un champ professionnel, c’est un projet politique, un projet humain, un projet social.
Depuis 1945, les Cahiers pédagogiques n’ont jamais cessé d’être un espace vivant. Une revue en mouvement, attentive aux évolutions du monde et de l’école. La pluralité des voix, la rigueur des analyses, l’attention portée à la formation des enseignants, à la coopération entre élèves, aux pédagogies actives, à la lutte contre les inégalités… C’est pour nous le cœur de notre revue. Depuis 1976, la revue affiche notre devise : « changer la société pour changer l’école, changer l’école pour changer la société ».
Qu’est-ce que cela signifie pour vous?
Cette devise exprime une conviction, un engagement double. Le premier est social : l’école ne peut pas tout faire. Elle évolue dans une société traversée de tensions, d’inégalités, d’injustices. Pour qu’une école émancipatrice existe, il faut une société qui en crée les conditions : confiance dans ses enseignants et éducateurs, soutien matériel, reconnaissance du travail éducatif, lutte contre les discriminations. La deuxième : l’école, malgré tout, est un lieu pour transformer le monde. Parce qu’elle forme des citoyens, parce qu’elle peut être un espace de coopération plutôt que de compétition, parce qu’elle peut faire émerger des jeunes capables de penser, de débattre, d’imaginer, de créer.
Et aujourd’hui, où en sont les Cahiers ?
Quand on lit les messages que nous recevons, qu’on parcourt les posts des adhérents et adhérentes, des auteurs ou autrices sur les réseaux, deux mots reviennent souvent : la fierté de contribuer à faire bouger les lignes, et la volonté de partager des valeurs. Les 80 ans qui nous réunissent ne sont pas seulement un hommage au passé, ils sont une invitation à poursuivre, à maintenir une revue vivante, critique, ouverte et à continuer de penser l’école comme un lieu de transformation, de justice et d’émancipation.
Ce qui fait notre force depuis 80 ans, c’est notre collectif, celui du comité de rédaction et du conseil d’administration, de tous nos adhérents, mais aussi la communauté des auteurs et autrices qui nous proposent leurs articles. Et ce qui fait, nous semble-t-il, notre singularité, c’est la volonté d’articuler la parole des chercheurs et chercheuses et des praticiens et praticiennes. Des enseignants, des éducateurs, des formateurs, qui écrivent à partir du terrain, qui interrogent leurs pratiques, qui osent dire leurs doutes autant que leurs réussites. Des chercheurs et chercheuses qui ont à cœur de partager leurs travaux, de les confronter au quotidien des classes, des écoles et des établissements, et de se nourrir de ce que praticiens et praticiennes partagent en retour. La revue a toujours été ce lieu où les idées et les expériences se rencontrent, se frottent, se bousculent parfois — mais toujours au service d’une école plus juste, plus ouverte, plus exigeante
Enfin, à titre personnel, nous sommes aussi très heureuses de former un trio féminin pour cette belle revue. Il y a très tôt eu des femmes pour exercer l’une ou l’autre des fonctions de présidence, direction de publication et rédaction en chef, mais pour fêter cet anniversaire, nous sommes trois femmes pour endosser chacun de ces rôles !
Propos recueillis par Djéhanne Gani
