Le poids des fourmis, de David Paquet, Ed. Actes Sud Jeunesse
Une trentaine de personnages dont un directeur d’établissement désabusé, une libraire alcoolique, un prof épuisé, une mairesse politicarde mais aussi une pub pour shampoing… gravitent autour des deux protagonistes.
Jeanne est révoltée par « le système au complet », et si elle apprécie le cours de sciences, c’est « parce qu’on apprend à faire exploser les choses, et ça peut être utile de savoir faire exploser les choses ». On la retrouve, dès l’entrée de la pièce, dans le bureau du directeur pour avoir vandalisé une pub pour shampoing, ce qui, pour elle, revient à refuser « une industrie qui dépense des milliards et des milliards dans le seul et unique but [de se sentir] laide ».
Olivier, plongé dans l’Encyclopédie du savoir inutile, ne trouve personne à aider avec toutes ses connaissances pointues comme le nombre de dents d’un escargot.
Tous deux sont poussés par le directeur de l’établissement à se présenter aux élections scolaires organisée pour faire croire aux élèves qu’ils ont du pouvoir, lors de la Semaine du futur.
Déjantés, désespérants, les adultes vont devoir faire avec la quête de ces deux-là pour changer les choses.
Des situations loufoques dans un texte à la langue savoureuse, sans détours, ciselée pour des dialogues ponctués de fulgurances, drôles, efficaces. Une pièce satirique, ancrée dans son époque, avec l’éco-anxiété des ados, mais aussi leur puissance pour rester debout et rêver malgré tout, et croire dans l’engagement citoyen.
Si j’étais ministre de la culture, de Carole Fréchette, ill. Thierry Dedieu, Ed. Hongfei
Avant même d’ouvrir le livre, le titre nous surprend à imaginer tout ce que l’on aimerait impulser, soutenir, mettre en œuvre… Et nous sommes cueillis par le contre-pied qui s’affirme tout au long des pages, accordéon, que l’on déplie ! Car, au lieu de chercher à convaincre le reste du gouvernement de l’importance des arts et de la culture, sans beaucoup d’effets tant d’autres urgences seraient toujours mises en avant… « je décrèterais sur-le-champ la tenue de JOURNEES SANS CULTURE. »
Et de décliner, de page en page l’ensemble des interdictions à faire, alors, respecter : ni musique (quelle qu’elle soit), ni cirque, ni spectacle de rue, ni danse… Tableaux retournés dans les musées et sculptures sous des draps dans les lieux publics, pas de télé, de cinéma…
Là où on se marre, c’est quand on comprend qu’il faudra aussi trouver des solutions pour ne pas voir de beautés architecturales, des objets du quotidien, et éviter des vêtements esthétiques…
Bref, un texte et des illustrations délirants qui rappellent avec un humour efficace que les enjeux culturels sont des choix de société. Et que serait notre monde sans culture ? Un enfer assurément. A lire, avant de passer à son voisin.
Marianne Baby
