« L’Enseignement catholique ne sera plus jamais le même s’ il lâche la prévoyance,» a lancé Philippe Groussard le Secrétaire général du Snec-CFTC lors d’une conférence de presse le 6 mai 2026, « cela se retournera contre l’Enseignement catholique » alerte-t-il.
La décision par le collège employeur, qui regroupe la FNOGEC et les organisations de chefs d’établissement de mettre fin au financement de la prévoyance des enseignants du privé sous contrat suscite une vive inquiétude. À compter du 1er janvier 2027, ce dispositif en place depuis 1978 doit disparaître, au nom d’économies estimées à au moins 66 millions d’euros par an.
Lors d’une conférence de presse, Véronique Cotrelle, la présidente du Snec-CFTC a dénoncé « une situation de blocage » et « un pourrissement de la situation », accusant la Fédération nationale des Ogec (FNOGEC) d’attendre « tranquillement » une issue, au risque que « la mise en cause soit certainement l’État ». Pour le syndicat, il s’agit d’une « régression sociale », rappelant que la prévoyance existe depuis 1978 — et non depuis 2005 comme avancé par certains acteurs. Sa remise en cause découlerait d’une décision « unilatérale » prise en juillet 2024 par le collège employeur, qui regroupe la FNOGEC et les organisations de chefs d’établissement.
Une protection essentielle menacée
Aujourd’hui obligatoire, la prévoyance garantit un maintien de salaire jusqu’à 95 % à partir du quatrième mois d’arrêt maladie (contre 50 % sans dispositif), et couvre également l’invalidité. Sa suppression pourrait avoir des effets très concrets. « Les enseignants sont la variable d’ajustement », dénonce le syndicat. Demain, certains pourraient se retrouver sans aucune couverture, le futur dispositif envisagé serait facultatif, jusqu’à sept fois plus cher — passant d’environ 6 euros par mois à 45 ou 50 euros — pour une protection moindre.
Selon le Snec-CFTC, près d’un tiers des enseignants pourraient renoncer à y souscrire. En cas d’arrêt maladie, leur salaire pourrait être divisé par deux après quelques mois. « Une telle baisse va mettre des enseignants à la rue », alerte le syndicat, évoquant des situations particulièrement critiques pour les familles monoparentales ou les personnels ayant des crédits en cours.
Un statut et un modèle en question : « On s’interroge : doctrine sociale ou comptable ? »
Au-delà de la protection sociale, c’est l’ensemble du statut des enseignants du privé qui est pointé. Déjà, leur rémunération nette est en moyenne inférieure de 10 % à celle de leurs homologues du public, dans un contexte de gel du point d’indice et de déclassement salarial sur le long terme.
« Le seul “avantage” des enseignants du privé disparaît pour creuser encore un peu plus l’écart avec les collègues du public », souligne le Snec-CFTC. Le syndicat redoute une transformation profonde du modèle : « Ce qui est en jeu, c’est la place des enseignants », avec le risque de devenir « des salariés low cost » soumis davantage aux chefs d’établissement.
La FNOGEC est également accusée de « jouer contre son camp », en privilégiant une logique comptable au détriment de la doctrine sociale de l’Enseignement catholique. « On s’interroge : doctrine sociale ou comptable ? », lancent les représentants syndicaux.
Une alternative proposée, un dialogue rompu
Le Snec-CFTC affirme pourtant avoir formulé la proposition suivante : augmenter modérément la contribution des enseignants pour maintenir le dispositif, à hauteur de 0,5 % supplémentaire, soit une dizaine d’euros par mois en moyenne. « Notre but est de conserver cette prévoyance et de permettre aux établissements de baisser leur contribution », explique le syndicat, pour lui, l’État joue un rôle de facilitateur n’excluant pas « qu’on vienne ensuite lui rejeter la faute ». Mais pour l’heure, le dialogue semble rompu. « On ne sait pas ce que veut le collège employeur », regrette le syndicat.
Un climat de défiance croissant
Dans ce contexte, la FNOGEC et les organisations de chefs d’établissement sont accusées de diffuser des informations trompeuses, notamment sur les alternatives envisagées. Le ministère, lui, ne prévoirait pas de dispositif équivalent, mais une prévoyance facultative moins protectrice. Pour les enseignants, les conséquences pourraient être multiples : baisse du pouvoir d’achat, perte de protection, sentiment d’abandon et démotivation. « L’Enseignement catholique ne sera plus jamais le même s’il lâche la prévoyance », préviennent les représentants du Snec-CFTC.
Derrière un sujet en apparence technique, se posent des questions des rôles respectifs du Secrétariat de l’Enseignement Catholique (SGEC) et de la fédération nationale des Organismes de Gestion de l’Enseignement Catholique (FNOGEC), des tensions profondes sur l’avenir du modèle de l’enseignement privé sous contrat — et sur la place qu’y occupent ses enseignants. un sujet au cœur d’un mal-être professionnel partagés par tous les personnels, du secteur public comme privé.
Djéhanne Gani
Prévoyance : vers la fin des kermesses et du bénévolat dans le privé ?
