Nette baisse des pratiques expérimentales
La note d’information de la DEPP (la direction de l’évaluation, de la prospective et de la performance) concernant l’enseignement des sciences au collège indique une nette baisse des pratiques expérimentales entre 2018 et 2024. « 59 % des élèves déclarent ne pas ou peu réaliser de manipulations ou d’expériences en classe », indiquent les auteurs. Observations au microscope, réalisation de mélanges, mise en place de circuits électriques ou dissections florales : les travaux pratiques n’ont lieu que trop rarement dans les collèges français. Cette tendance s’est accélérée depuis 2018. La disparition progressive des groupes de sciences au collège, autrefois précisés dans le BO, explique en partie ce phénomène. Seuls 16% des élèves conçoivent leurs propres expériences. Les conditions de travail des élèves permettent ou pas de mettre en place des séances pratiques. Avec 30 élèves âgés entre 11 et 15 ans dans la même salle, il est difficile pour beaucoup d’enseignant.es de prévoir une véritable démarche scientifique qui passe par l’expérience. Le manque d’effectifs réduits au collège a aussi des conséquences au lycée.
De plus en plus de collègues en classe de seconde remarquent actuellement un manque grandissant d’autonomie et d’automatismes face aux outils scientifiques aux laboratoires du lycée.
Pour le collège, la publication du ministère, basée sur les résultats du dispositif CEDRE, indique aussi que le score moyen en sciences des collégiens de 3e est en baisse de 6 points. « Les performances scolaires dépendent fortement du profil social des élèves. La baisse de performance s’observe pour les élèves scolarisés dans tous les établissements, sauf les plus favorisés socialement », peut-on lire.
Pour cette étude, 375 collèges ont été sélectionnés, avec 10 000 élèves ayant renseigné un questionnaire de sciences. Des compétences expérimentales ont également été évaluées. Le célèbre logiciel Tectoglob 3D, la réalisation d’une préparation microscopique ou encore l’identification d’ions étaient au programme du test. La mise au point du microscope est réussie pour plus de 70% des élèves. Ils sont plus de 80% à réussir à afficher les foyers sismiques sur Tectoglob. Rappelons que ce logiciel est extrêmement intuitif et que 2 clics suffisent pour afficher les foyers des séismes.
Seuls 4,4 % des élèves de 3e ont « un raisonnement rigoureux »
Au global, il en ressort que seulement 44 % des collégiens maîtrisent les connaissances scientifiques générales du cycle 4, soit la fécondation, les combinaisons alléliques, les ressources énergétiques, le pH ou encore les transformations physico-chimiques. Moins de 50 % des élèves sont capables de faire preuve d’esprit critique pour identifier ce qui relève du champ scientifique. En remontant depuis 2007, le score moyen des cohortes passe de 250 à 232 en 2024.
L’étude indique que 6,7 % des élèves se basent uniquement sur leur vécu pour restituer des connaissances. Près d’un quart des collégiens ont des difficultés à distinguer les causes des conséquences. Les échelles de performances répartissent les élèves en 6 groupes. Le tableau indique uniquement les compétences des élèves et non ce qu’ils ne sont pas capables de réaliser. Tout est dans le non-dit. In fine, seuls 4,4 % des collégiens de 3e ont « un raisonnement rigoureux ».
Les sciences ne font plus rêver les élèves de collège
La DEPP observe « un glissement du pourcentage d’élèves des groupes de performance élevée vers les groupes plus faibles ». Cependant, ce score ne baisse pas dans les établissements les plus favorisés. Le score du privé passe de 249 à 246 en 6 ans alors que le public hors établissement prioritaire chute de 241 à 233. L’enquête TIMSS 2023 pointait déjà le lien entre les ressources documentaires disponibles et la réussite scolaire.
Comme en mathématiques, le manque de confiance en soi est plus marqué chez les filles que chez les garçons. « Les filles sont moins nombreuses à estimer avoir un bon niveau en sciences (58 % des filles contre 68 % des garçons). » Ceci alors que les écarts de performances sont non significatifs entre les sexes.
Pour l’avenir, les sciences ne font plus rêver les collégiens. Une forte baisse est notable pour les métiers du domaine médical : 27 % des élèves se disent intéressés en 2024, contre 37 % en 2018. Les garçons visent davantage l’informatique. L’agriculture attire aussi davantage d’élèves en 2024 qu’en 2018. De son côté, le secteur des communications a le vent en poupe et intéresse 7 % des élèves, contre 1 % six ans auparavant. De là, à ce que l’IA remplace les médecins…
Julien Cabioch

Blanche V., Edouard S., Jourde C., Pac S., Philbert L., 2026, « Sciences en fin de collège : la baisse des résultats se poursuit en 2024 », Note d’Information, n° 26-13, DEPP. https://doi.org/10.48464/ni-26-13
