La semaine dernière, 47 agents étaient en grève sur un effectif d’environ 350 salariés. Une pétition nationale dénonce un affaiblissement progressif de l’opérateur public chargé de l’information et de l’orientation des élèves et s’alarme des conséquences pour les personnels comme pour la qualité du service rendu aux jeunes. Le directeur général de l’ONISEP, Olivier Sidokpohou, assure ne « pas sous-estimer les inquiétudes » ainsi exprimées par les personnels, mais se veut confiant.
Une réforme vécue comme un « rouleau compresseur »
Le 31 mars dernier, Olivier Sidokpohou, nommé directeur général au 1er janvier, a annoncé le transfert de 78 agents actuellement affectés dans les directions territoriales de l’établissement vers les Délégations régionales académiques à l’information et à l’orientation (DRAIO) des rectorats. Cette réorganisation s’inscrit dans le cadre des travaux de la mission interministérielle « État efficace », chargée d’améliorer la lisibilité de l’organisation administrative. Initialement prévue au 1er septembre 2026, elle a finalement été reportée au 1er janvier 2027. Présentée comme un moyen de préserver les emplois, elle ne convainc pas les représentants des personnels. « Au départ, le discours était : « vous êtes sauvés, les missions sont maintenues » résume Louise Fromard, représentante FSU des personnels, regrettant qu’au fil des mois, « les garanties se sont progressivement effacées ».
Au-delà du transfert administratif, les agents dénoncent une remise en cause de leurs collectifs de travail. Les équipes territoriales de l’ONISEP travaillent aujourd’hui en réseau autour de missions communes, de compétences spécifiques et d’une expertise reconnue en matière d’information sur les formations et les métiers. Leur intégration dans les rectorats fait craindre une dilution de cette expertise. « C’est un véritable rouleau compresseur pour les personnels », estime François Ferrette, cosecrétaire national du SNASUB-FSU. « Nous avions des collectifs de travail structurés autour des missions de l’ONISEP. Demain, chacun sera intégré dans des services académiques déjà sous tension, avec d’autres priorités. » dénonce Louise Fromard.
Les représentants des personnels soulignent également que les DRAIO appelées à accueillir ces agents connaissent déjà d’importantes difficultés de fonctionnement et qu’il n’y aura aucun abondement budgétaire. Dans ce contexte, ils redoutent une mise en concurrence des missions et des moyens disponibles, rapporte Géraldine Duriez qui représente les Psychologues de l’Education nationale au SNES-FSU, et siège également au Conseil d’Orientation de l’Onisep. Du côté de l’UNSA Éducation, le maintien de l’opérateur national face aux appétits des régions est accueilli comme un premier signal rassurant. Pour autant, « le syndicat exige des garanties fermes sur la pérennité des missions et sur les conditions de travail des personnels transférés vers les DRAIO. L’organisation demande que le futur schéma d’emploi ainsi que le cadre réglementaire apportent une totale clarté sur ces points critiques » insiste Béatrice Laurent, secrétaire nationale de l’UNSA.
Le traumatisme de la réforme de 2018
Pour le directeur général, les inquiétudes actuelles s’expliquent en partie par le souvenir de la réforme de 2018. Réagissant aux propos tenus lors d’une conférence de presse organisée par la FSU, Olivier Sidokpohou a rappelé que la loi « pour la liberté de choisir son avenir professionnel » avait confié aux régions la compétence sur l’information territorialisée concernant les métiers, tout en laissant à l’État la responsabilité de l’éducation à l’orientation et de l’accompagnement des élèves. Cette réforme s’était traduite par la suppression d’une centaine de postes dans les directions territoriales de l’ONISEP. « C’est quelque chose qui reste dans la mémoire collective des agents comme quelque chose d’assez traumatique », reconnaît-il. Une partie seulement des personnels avait rejoint les régions ; les autres avaient dû être accompagnés vers d’autres emplois, parfois durant plusieurs années. « Cela a par ailleurs donné un paysage où l’ONISEP était moins présent en territoire. »
Les représentants du personnel estiment que cette première restructuration a déjà profondément modifié l’équilibre du système. Selon eux, les régions continuent aujourd’hui de s’appuyer largement sur les données produites par l’ONISEP, preuve que l’expertise nationale demeure indispensable.
Un contexte budgétaire et institutionnel tendu
Le directeur général replace également la réforme dans un contexte plus large. Il rappelle que, depuis plusieurs années, plusieurs régions réclament un transfert plus important des compétences de l’ONISEP. « Il y avait une offensive très forte des régions qui demandaient la décentralisation de l’ONISEP, c’est-à-dire sa suppression et le transfert de tous les emplois », explique-t-il. Il évoque également une situation budgétaire difficile : « Avec des baisses de subventions, l’opérateur est en déficit depuis plusieurs années. » L’ONISEP ne disposait plus de contrat d’objectifs et de performance depuis 2023. « C’était difficile, y compris psychologiquement, pour les agents », reconnaît-il.
« Nous sommes attachés à une instance nationale »
Olivier Sidokpohou affiche sa confiance. Pour lui, les arbitrages rendus par le gouvernement garantissent la pérennité de l’établissement. « Les deux ministres ont acté le fait que l’ONISEP non seulement subsistait, mais était un acteur majeur de l’accompagnement à l’orientation », affirme-t-il. « L’ONISEP n’est pas décentralisé, n’est pas supprimé, ne disparaît pas » et « garde toutes ses missions » insiste-t-il. Il annonce également la signature prochaine d’un nouveau contrat d’objectifs et de performance destiné à fixer la stratégie de l’opérateur pour les quatre prochaines années et à garantir les moyens associés. Concernant les 78 agents concernés, il assure qu’ils conserveront leur implantation géographique : « Les personnels qui sont transférés restent, s’ils en expriment le souhait, exactement à l’endroit où ils sont actuellement. C’est une garantie pérenne. »
Cet attachement à un opérateur national est partagé par le Syndicat national des personnels de direction de l’Éducation nationale (SNPDEN-UNSA), membre du conseil d’orientation de l’ONISEP. « Nous avons une crainte de la régionalisation », explique son secrétaire national, Romain Bertrand. « Nous sommes attachés à l’existence d’une instance nationale publique d’information à destination de nos élèves. » Pour lui, l’ONISEP constitue un partenaire indispensable des établissements scolaires. Il cite notamment la plateforme Avenir(s), « un outil qui connaît un réel succès dans les établissements scolaires, qui permet d’archiver les parcours des élèves et de leur proposer des perspectives auxquelles ils n’auraient pas pensé ».
Le responsable syndical met également en garde contre une information organisée uniquement à l’échelle régionale. « L’échelle régionale n’est pas forcément pertinente », estime-t-il, prenant l’exemple de la Bourgogne-Franche-Comté, où certains élèves vivent à plusieurs centaines de kilomètres des formations mises en avant dans les brochures régionales et se tournent aussi vers les régions limitrophes.
De son côté, Olivier Sidokpohou affirme vouloir « réorganiser l’opérateur pour être utile, visible et efficace, tout en conservant intactes ses valeurs de service public ». Il rappelle que l’ONISEP demeure « le service public qui est au service des publics qui n’ont pas accès à d’autres offres », alors que les offres privées d’accompagnement à l’orientation se développent.
Des garanties jugées fragiles
Toutefois, ces mots ne convainquent pas les représentants des personnels. Ils estiment que les documents encadrant les transferts restent peu contraignants et ne garantissent pas durablement le maintien des missions. « Les affectations sont simplement suggérées. Rien n’empêche un rectorat de redéployer un agent vers d’autres missions », explique Marie Lerat, représentante FSU des personnels. Les garanties annoncées semblent limitées dans le temps. Plusieurs documents évoqueraient une sécurisation du dispositif jusqu’à la fin de l’année scolaire 2026-27, sans visibilité au-delà. « Que se passera-t-il après ? Les postes seront-ils toujours là ? Les missions seront-elles maintenues ? Personne n’est capable de répondre », s’interroge Marie Lerat. Le report du transfert du 1er septembre 2026 au 1er janvier 2027 alimente également les interrogations.
Une décision contraire aux recommandations récentes
La réorganisation intervient alors même que plusieurs rapports récents insistaient sur la nécessité de préserver les compétences de l’ONISEP et d’améliorer la coordination des acteurs de l’orientation. L’argumentaire des documents de cadrage s’appuie sur deux rapports : celui de la Cour des Comptes portant sur l’Onisep et un rapport de l’IGESR, qui portait sur plusieurs opérateurs dont l’Onisep. Ce dernier n’a pas été publié. Quant au premier, il préconisait de faire disparaître les postes de directeurs-directrices territoriales, qui pourtant aujourd’hui sont maintenus dans l’Onisep – 3 recrutements sont d’ailleurs en cours – mais en perdant de fait leur lien hiérarchique avec les agents transférés.
Une perte de confiance persistante
Au fil des annonces, les organisations syndicales décrivent une dégradation profonde du climat social. Elles dénoncent un manque de transparence, une communication jugée cloisonnée et un sentiment de dévalorisation de leur expertise professionnelle. « Nous avons parfois le sentiment que n’importe quel personnel pourrait faire ce travail. Or nos missions reposent sur des compétences très spécifiques, construites depuis des années », souligne Marie Lerat. « Plus les informations arrivent, moins elles sont rassurantes », résume Louise Fromard. L’UNSA Éducation relaie ainsi « la très vive inquiétude de collègues touchés sur le plan personnel, mais aussi profondément attachés à l’avenir d’un service public national de l’orientation ».
Pour les signataires de la pétition « Sauvons l’ONISEP », « les conditions de ces transferts représentent une liquidation déguisée de l’Onisep » et une nouvelle étape dans l’affaiblissement d’un service public national au détriment de l’égalité d’accès à l’information et à l’orientation des élèves.
Djéhanne Gani
