Sans surprise, selon l’enquête de la Fep-CFDT, 1 % des personnels sont très satisfaits du salaire. Ce sont donc près de 9 personnels sur 10 ( 86 %) insatisfaits par leur fiche de paie. La rémunération est devenue un point majeur de mécontentement aussi chez les enseignants du privé sous contrat. Mais derrière le salaire se dessine un malaise plus large, marqué par l’augmentation de la charge de travail, le manque de reconnaissance, les violences, les difficultés liées à l’inclusion et le manque de formation face à l’intelligence artificielle. « Après dix années de transformation excessive du système éducatif, notre école est à bout de souffle. Et celles et ceux qui la font tenir également. » déclarent Valérie Ginet, la secrétaire générale.
86 % d’enseignants insatisfaits de leur salaire
86 % des enseignants interrogés se déclarent insatisfaits de leur rémunération, seuls 13 % se disent plutôt satisfaits et 1 % très satisfaits. 51 % des salariés se déclarent satisfaits de leur rémunération soit un écart de 38 points avec les salariés mesurés dans la norme générale de l’Ifop.
En toute logique, la Fep-CFDT appelle les enseignants à participer à la mobilisation intersyndicale de la fonction publique du 29 septembre, pour demander une revalorisation salariale des enseignants et, plus largement, des agents publics. « Nous serons au rendez-vous pour demander des salaires, une revalorisation salariale, une véritable politique salariale pour les enseignants, et plus largement pour les agents publics. » Le syndicat refuse que cette revalorisation soit assortie de nouvelles obligations. « Pour nous, cette revalorisation ne doit pas être conditionnée à des contreparties. » La question du pouvoir d’achat a commencé avant la rentrée à prendre une place importante dans la campagne présidentielle, dès la publication – et la polémique – de la note de la Depp.
Ce mécontentement salarial est à lire avec un autre résultat du sondage : les enseignants déclarent également travailler davantage. 92 % considèrent que leur charge de travail a augmenté ces dernières années. La surcharge ne concerne pas seulement le temps passé devant les élèves. La Fep-CFDT pointe la multiplication des tâches qui entourent l’acte d’enseigner, notamment dans les tâches administratives ainsi que la pression croissante des familles.
« Tout ce qui entoure l’acte d’enseigner devient plus difficile. Et c’est ce décalage qui doit nous alerter », souligne la secrétaire générale de la Fep-CFDT Valérie Ginet qui était entourée de plusieurs professeurs lors de la conférence de presse. Ils ont témoigné sur différents aspects de l’enquête. Pour la responsable syndicale, les résultats de l’enquête permettent de distinguer le métier lui-même de ses conditions d’exercice. « Ce n’est pas le cœur du métier qui est en crise, ce sont les conditions dans lesquelles on nous demande de l’exercer. » Dans le secondaire privé, des enseignants évoquent également un bénévolat qu’ils disent se sentir obligés d’assurer dans leur établissement.
Salaire et charge de travail, même combat finalement : celui d’un travail qui augmente sans que sa reconnaissance matérielle progresse au même rythme.
La reconnaissance sociale fait défaut
Le problème n’est pas que financier. La reconnaissance et la valorisation du travail enseignant recueillent elles aussi des réponses très négatives, entre 85 % et 92 % selon les questions posées. Un chiffre résume ce sentiment : 8 % seulement des enseignants interrogés considèrent que leur travail est suffisamment reconnu par la société.
Le manque de soutien institutionnel est également mis en avant avec seulement 39 % des enseignants ayant le sentiment d’être suffisamment accompagnés par leur hiérarchie et respectés lors d’une difficulté avec un élève ou une famille.
67 % envisagent de quitter le métier
Ces différentes difficultés se retrouvent dans une donnée particulièrement préoccupante : 2/3 (67 %) des enseignants interrogés envisagent de quitter le métier. Les principales raisons ? La dégradation du système éducatif et des conditions de travail, des rémunération et reconnaissance insuffisantes. Pour Valérie Ginet, les résultats s’inscrivent dans une dégradation du système éducatif et des conditions d’exercice. « Après dix années de transformation excessive du système éducatif, notre école est à bout de souffle. Et celles et ceux qui la font tenir également. »
Le salaire comme symptôme du déclassement
Pour la Fep-CFDT, la question salariale ne peut donc pas être isolée du reste. Le décrochage du salaire, l’augmentation du travail et le manque de reconnaissance alimentent un même sentiment de déclassement. L’enquête montre que les enseignants continuent à trouver du sens dans leur métier, tout en exprimant fortement leur insatisfaction à l’égard de ses conditions d’exercice.
Inclusion : 82 % des enseignants jugent les moyens insuffisants
L’accueil des élèves en situation de handicap constitue un autre point de tension. 82 % des enseignants interrogés considèrent qu’ils ne disposent pas de moyens et d’une formation suffisants pour accueillir des élèves en situation de handicap. Une enseignante témoigne de situations où une même classe peut accueillir plusieurs élèves porteurs de handicap, parfois sans AESH suffisants. À cela s’ajoutent les dossiers administratifs, les réunions de suivi et les démarches nécessaires à l’accompagnement des élèves. « Nous ne remettrons jamais en cause l’accueil des élèves handicapés. C’est nécessaire, mais nous réclamons des moyens humains conséquents et des formations pour accueillir dignement ces élèves. »
Violences : près de huit enseignants sur dix concernés
La violence n’épargne pas l’enseignement privé. « L’enseignement privé n’est pas protégé d’une situation de violence, c’est entré dans l’environnement professionnel ordinaire d’une grande partie des enseignants. » Près de huit enseignants sur dix déclarent avoir été confrontés à au moins une situation de violence. La moitié déclarent avoir été confrontés à des violences de la part d’élèves. Le primaire apparaît particulièrement exposé : 60 % des enseignants du premier degré déclarent avoir été confrontés à des violences de la part d’élèves et 55 % à des violences de la part de parents. Et face à cela, les enseignants ne se sentent pas majoritairement protégés par leur institution lorsqu’ils sont confrontés à des situations de violence. « Le sentiment de ne pas être protégé est massif ».
L’IA, un nouveau défi sans accompagnement suffisant
L’intelligence artificielle fait désormais partie des préoccupations professionnelles des enseignants. Le manque de formation est pointé. L’enquête montre une position nuancée : l’IA est perçue comme une opportunité pour améliorer la qualité de l’enseignement, mais elle soulève aussi des inquiétudes. Seul un tiers des enseignants considère que son établissement accompagne l’usage des outils d’IA. Un tiers seulement se sent suffisamment formé pour intégrer ces outils dans ses pratiques pédagogiques.
Les enseignants identifient notamment des risques pour les élèves. 62 % considèrent que l’IA présente un risque pour l’apprentissage de l’esprit critique. Dans le secondaire, 43 % estiment qu’elle met en danger leur métier.
Un professeur de mathématiques appelle à un usage raisonné. « On ne prend pas une Ferrari pour aller acheter son pain à la boulangerie d’à côté. C’est-à-dire que l’usage modéré de l’IA et l’usage de l’intelligence artificielle quand on en a besoin, ça peut être un plus. »
Djéhanne Gani
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