Comment former les futurs électriciens aux économies d’énergie ? Mustapha Nour, professeur de génie électrique au lycée professionnel Pablo-Neruda de Saint-Martin-d’Hères (38) ne manque pas d’idées pour passionner et engager ses élèves. Avec une forte ouverture à l’internationale, l’enseignant « dynamise l’enseignement professionnel en abordant les enjeux du Green Deal européen de manière concrète et motivante. C’est valorisant pour des jeunes qui arrivent en CAP avec leur passé scolaire d’élève de SEGPA ou d’ULIS. Soudain, ils réalisent qu’ils préparent un métier d’avenir, indispensable à la société ».
Pouvez-vous nous expliquer votre projet ?
Le projet « PS2ET – Produce and Save Electrical Energy Together » est un projet hybride innovant qui combine eTwinning et Erasmus+ KA210-VET. Lancé en septembre 2023 et terminé en juin 2025, il a réuni 31 élèves en formation professionnelle du métier d’électricien de trois pays : la France (Lycée Pablo Neruda – CAP Électricien), l’Espagne (Institut Santa Eugenia) et la Belgique (Provinciaal Technisch Instituut).
Mon objectif était de dynamiser l’enseignement professionnel en abordant les enjeux du Green Deal européen de manière concrète et motivante. Plutôt que de suivre des cours descendants sur les énergies renouvelables et les économies d’énergie, mes élèves découvrent ces technologies par la pratique : installation de panneaux photovoltaïques, la domotique par la gestion intelligente de l’éclairage et des prises de courant… Le tout en collaborant avec leurs homologues européens !
Ce qui rend ce projet unique, c’est qu’il s’adresse au CAP ÉLECTRICIEN, des élèves en grande difficulté scolaire, issus de SEGPA, ULIS ou UPE2A et pour la majorité des quartiers prioritaires de la ville de Grenoble. 100% de mes participants sont des JAMO (Jeunes Ayant Moins d’Opportunités), certains sont des mineurs isolés. Pour eux, ce projet représente bien plus qu’un apprentissage technique : c’est une ouverture sur la France, sur l’Europe et une revalorisation de leur filière.
En quoi est-il important de sensibiliser les futurs électriciens aux économies d’énergies ?
C’est crucial ! Les électriciens d’aujourd’hui ne peuvent plus se contenter de « tirer des câbles ». Avec l’engagement de l’UE de réduire les émissions de carbone de 55% d’ici 2030, et la neutralité carbone d’ici 2050, ils deviennent un des acteurs clés de la transition énergétique dans le secteur du bâtiment.
Mes élèves apprennent que chaque installation qu’ils réaliseront aura un impact environnemental. Un éclairage connecté peut réduire la consommation de 30%, des prises intelligentes évitent les veilles inutiles, un système photovoltaïque bien dimensionné réduit la facture énergétique et contribue au mix énergétique en le rendant plus renouvelable… Ils comprennent qu’ils ne sont plus de simples exécutants mais des « électriciens européens éco-responsables ».
Le projet leur fait prendre conscience que leur métier évolue vers le smart building, l’IoT, les énergies renouvelables. C’est valorisant pour des jeunes qui arrivent en CAP avec leur passé scolaire d’élève de SEGPA ou d’ULIS. Soudain, ils réalisent qu’ils préparent un métier d’avenir, indispensable à la société !
Quel est ce travail mené avec d’autres pays ?
La collaboration européenne est au cœur du projet. Sur eTwinning, nous avons organisé des activités hebdomadaires et collaboratives : visioconférences, création de logos, slogans, ebooks en anglais sur les outils de l’électricien, d’une exposition sur les énergies renouvelables et les économies d’énergie et le changement climatique, 3 magazines numériques « Madmagz » sur les mobilités Erasmus et plus de 40 vidéos de travaux pratiques réalisées dans les ateliers des 3 lycées… Les élèves travaillent en équipes transnationales que nous avons baptisées avec des noms d’outils d’électricien : « Pliers Team », « Gloves Team », « Screwdrivers Team » !
Nous avons organisé trois mobilités Erasmus à chaque fois d’une durée de 7 jours. En France, à Grenoble, focus sur la production d’énergie hydroélectrique avec visite du campus EDF Hydro Alpes et sur les économies d’énergie et les IoT du bâtiment IntenCity de Schneider Electric. En Espagne, découverte d’un parc photovoltaïque et rencontre avec l’entreprise AETECH sur l’IA dans la production et maintenance industrielle pour réaliser des économies d’énergie. La mobilité prévue en Belgique a dû être remplacée par une seconde mobilité en France à Champigny-sur-Marne au lycée Pro Gabriel Péri suite au retrait du partenaire belge.
Chaque mobilité comprend des TP tournants en équipes internationales. Les élèves français découvrent les couleurs des conducteurs des schémas électriques espagnols, les Espagnols s’initient à la réalisation en 3D des installations électriques françaises… Cette diversité technique enrichit considérablement leur formation !
Qu’apportent aux élèves ces liens créés avec l’extérieur ?
Sur le plan technique, ils développent des compétences par le plaisir du travail qu’ils n’auraient jamais acquises dans un cadre classique : lecture de schémas, manipulation d’équipements connectés, découverte des process industriels lors des visites d’entreprises (Schneider Electric, EDF Hydro Alpes, AETECH), des codes de savoir-être…
Linguistiquement, même avec un niveau d’anglais très faible au départ, ils communiquent ! L’utilisation de l’IA pour les aider dans la rédaction des magazines a été révolutionnaire : elle a effacé leur handicap orthographique et leur a donné confiance.
Culturellement, c’est une ouverture fantastique par la découverte de Barcelone et de Paris. Certains découvraient le TGV, d’autres n’étaient jamais sortis de l’agglomération grenobloise. Ils reviennent transformés, fiers d’être électriciens et fiers d’être citoyens européens, motivés pour poursuivre leurs études en BAC PRO soit en scolaire soit en alternance.
D’autres idées pour la rentrée ?
Absolument ! Ce projet est mon 4ème et m’a donné toujours envie d’aller plus loin. Nous avons lancé en septembre 2024, notre cinquième projet hybride eTwinning & Erasmus KA210-VET « E2WMS » (Electrician on the Water Way from the Mountains to the Sea) avec la Pologne et la Roumanie qui intègre la gestion de l’eau et le métier d’électricien dans la sauvegarde de ce bien précieux et sensible, avec la nouvelle promotion de CAP ÉLECTRICIEN (2024-2026).
Propos recueillis par Julien Cabioch
