Vacances d’automne, vacances de la Toussaint, après la question de la durée, celle de leur dénomination, les vacances sont décidément dans le débat médiatique ! Un éclairage historique de Claude Lelièvre.
Jusqu’à la fin du XIXe siècle, il n’y a pas de « petites vacances », mais seulement un jour de congé le 1er janvier, le 14 juillet et lors des principales fêtes catholiques : Noël, Toussaint, Pentecôte, Mardi gras et Pâques.
Durant l’entre-deux-guerres, la tendance est à l’allongement des vacances. La durée des vacances estivales passe d’un mois et demi à deux mois dans les écoles primaires en 1922, du 31 juillet au 30 septembre. Les vacances dites de Pâques durent désormais une semaine et demie, soit deux jours avant Pâques et la semaine suivante.
Le calendrier pour l’année scolaire 1938-1939 fixe les vacances de Noël du 23 décembre au 3 janvier, établit des vacances la semaine du « Mardi gras » (en février) et désormais deux semaines de vacances de « Pâques »
En 1959, les vacances d’été sont avancées de quinze jours et vont du 1er juillet au 15 septembre. Cinq semaines de ‘’petites vacances’’ rythment par ailleurs l’année scolaire. Quatre d’entre elles sont réparties entre Noël et Pâques, et la cinquième est partagée entre la Toussaint et la mi-février pour ‘’aérer’’ un peu les deux premiers trimestres allongés en raison de l’avancement de quinze jours des vacances estivales.
En 1967-1968 est créé le premier zonage pour les vacances de février. En 1969-1970, les vacances de février ainsi que celles de la Toussaint sont doublées à huit jours, puis ramenées à quatre jours dès 1970-1971.
La loi ‘’Jospin’’ d’orientation sur l’éducation de 1989, indique que l’année scolaire comporte désormais 36 semaines, réparties en cinq périodes de travail de durée comparable, séparées par quatre périodes de ‘’petites vacances’’.
Deux semaines recommandées pour les vacances de la Toussaint
Les spécialistes de l’étude des rythmes biologiques avaient été formels : « Pour que les écoliers profitent pleinement de leurs vacances, deux semaines sont nécessaires [ … ]. Les deux semaines sont encore plus bénéfiques lorsqu’elles se trouvent dans les périodes de l’année reconnues comme difficiles à vivre : fin octobre-début novembre et fin février–début mars » (L’enfant et ses rythmes, François Testu et Roger Fontaine, Calmann-Lévy, 2001, p 108 ). Et il est recommandé (hors grandes vacances scolaires) une alternance de sept semaines de travail scolaire et de deux semaines de vacances.
De fait, les vacances de la Toussaint vont osciller entre une semaine et dix jours jusqu’en 2013, date à laquelle elles passent alors à deux semaines et celles d’été à huit semaines.
François Bayrou s’était tout particulièrement distingué en l’occurrence alors qu’il était en charge de l’Education nationale en réduisant la durée des vacances de la Toussaint et en créant un congé de quelques jours à l’Ascension, en contradiction formelle avec les recommandations des spécialistes des « rythmes scolaires ».
Des rythmes réguliers
Le Conseil supérieur de l’Education du 8 juin 2012 se prononce massivement en faveur de rythmes réguliers et équilibrés tout au long de l’année avec une succession de 7 semaines d’école et de deux semaines de vacances (dont deux à la Toussaint).
Dans une interview au quotidien « l’Est républicain » du 14 juin, le ministre de l’Education nationale Vincent Peillon indique qu’il n’est pas « hostile à respecter l’avis du Conseil supérieur de l’Education pour le calendrier 2012 et d’instituer deux semaines de vacances à la Toussaint. Quand on crée des instances de concertation, il faut rompre avec l’habitude de ne pas tenir compte des avis qu’elles émettent ».
Et il s’attire les foudres de deux ‘’grands spécialistes’’ de l’enfance et des intérêts des jeunes élèves (Jean-François Coppé et Rachida Dati). Mais il tient bon et les deux semaines de vacances à la Toussaint sont dûment instituées.
Jean-François Copé (l’un des dirigeants historiques de l’UMP, ancêtre du parti « Les républicains ») ne manque pas d’entretenir la polémique sur le sujet des petites vacances scolaires. En 2017, il s’en prend à ce qu’il appelle une « vision étriquée » de la laïcité : « nous vivons dans un pays dans lequel parler, par exemple, des vacances de Pâques est devenu insupportable. On ne parle plus des vacances de Pâques, on parle des vacances de Printemps, au nom de la laïcité ». Avec accusation de « déchristianisation » patentée.
Les vacances de printemps
En réalité le terme « vacances de printemps » a été utilisé par l’Éducation nationale depuis 1974 et a été l’une des conséquences de la création du zonage, ce qui a fait que les vacances de printemps ne coïncidaient pas tout le temps avec la fête chrétienne de Pâques qui par ailleurs change de date chaque année.
En réaction à l’amendement du SNUipp voté massivement par le CSP, la revue de droit extrême « Boulevard Voltaire » s’insurge : « Depuis 1974, les vacances de Pâques sont censées s’appeler « vacances de printemps », mais en réalité, personne ne respecte cette règle stupide. La France est chrétienne depuis le baptême de Clovis : même les profs les plus imbibés des sornettes des instituts de formation se souviennent du roman national, qu’il leur vienne de Bainville, Michelet ou Lavisse. Ce serait tout de même un petit peu grossier d’effacer, d’un trait de plume parfaitement laïc, plus de 1.500 ans de catholicisme ».
Bon, on peut au moins reconnaître que la revue de droite extrême « Boulevard voltaire » sait que la « Toussaint » est une fête religieuse qui ne concerne pas tous les chrétiens (en particulier les protestants) mais quant à « la France chrétienne depuis le baptême de Clovis », il serait temps de passer à la lecture de bons historiens sur la question.
Claude Lelièvre
