Selon l’édition 2024 de l’enquête TALIS (Teaching and Learning International Survey), seulement 4 % des enseignants se disent d’accord avec l’affirmation : « j’ai l’impression que la profession d’enseignant est valorisée dans la société » . Ils étaient 5 % lors de l’édition 2014, le taux le plus faible des 34 pays de l’OCDE enquêtés (la moyenne étant de 31%)
Si la majorité des enseignants français se disent toujours globalement satisfaits de leur travail (mais avec 79%, c’est aussi l’avant-dernière place), l’insatisfaction est dûment établie et caractérisée sur deux points majeurs. En 2024, seuls 27 % des enseignants français se déclarent satisfaits de leur rémunération, un chiffre inférieur de 12 points à la moyenne de l’OCDE, et inchangé depuis 2018. Et seuls 59 % se disent satisfaits de leurs conditions de travail (hors salaire), soit une baisse de 21 points depuis 2018.
Il reste cependant à mettre en perspective historique le ressenti global de non-valorisation (voire de mépris) quant au métier d’enseignant qui apparaît particulièrement fort en France parmi les enseignants. Il ne date pas d’hier, tant s’en faut.
Selon le dépouillement des 15000 formulaires d’une enquête par questionnaire proposée en ligne aux enseignants et révélé au colloque tenu par le SE-UNSA en date de mai 2014, 84% d’entre eux considéraient que l’opinion publique ne comprend pas leur travail, et la moitié se sentaient incompris par leur entourage.
Une autre enquête réalisée par le même SE-Unsa du 14 avril au 20 septembre 2011 et ayant recueilli près de 5000 réponses par Internet auprès d’un public d’enseignants et de personnel d’éducation, allait déjà dans le même sens : 87% d’entre eux s’estimaient mal considérés par la société, et 92% estimaient que leur profession était malmenée par les médias.
Etait-ce déjà le résultat d’une dégradation avérée ? Pas si sûr, car le sentiment dominant chez les professeurs depuis longtemps (voire très longtemps) est de n’être pas estimé à leur juste valeur. Il y a déjà une soixantaine d’années, en 1965, ils pensaient massivement être peu reconnus (et, par exemple, de ne bénéficier de l’estime que de moins de 15% des commerçants, industriels ou militaires).
Pourtant un sondage IFOP réalisé en 1959 avait établi que la considération du public les plaçait certes après les médecins et les prêtres, mais presque à égalité avec les ingénieurs, et bien avant les notaires ou les officiers.
Il est à noter d’ailleurs qu’un sondage CSA effectué fin juin 2005 auprès d’un échantillon représentatif d’un millier de Français, a indiqué que le »tiercé gagnant » des métiers que les Français recommanderaient à leurs enfants si ceux-ci leur demandaient conseil serait dans l’ordre : médecin (43%), ingénieur (35%) et enseignant (33%) ; loin devant avocat (26%) et surtout commissaire de police (15%), notaire (14%) et député ou homme politique.
Selon une enquête effectuée par la SOFRES en 1977 (et publiée dans le « Monde de l’éducation » de février 1978), plus des trois quarts des professeurs pensaient – il y a déjà un demi-siècle – que leur métier leur valait un prestige faible ou nul. Et une étude menée en 1972 avait montré que la très grande majorité des enseignants estimaient que leur prestige avait reculé.
En réalité, les enseignants ne sont pas si isolés et peu valorisés qu’ils ont tendance à le croire. Ce serait d’ailleurs désespérant.
Claude Lelièvre
Claude Lelièvre : « L’uniforme pour restaurer l’école d’antan ? Une supercherie »
