Les textes visant à ouvrir l’accès au concours d’IA-IPR aux maîtres de l’enseignement privé sous contrat seraient d’ores et déjà prêts au ministère. L’information a été rendue publique par le SPELC (Syndicat Professionnel de l’Enseignement Libre Catholique), qui s’en félicite dans un courrier publié sur son site à la suite d’une audience avec le ministre, le 2 février dernier. Cette annonce, faite sans concertation préalable avec les inspecteurs et leurs représentants, suscite une vive incompréhension chez ces derniers, tant de fond que de méthode. Ils dénoncent le mépris du dialogue social.
Des inspecteurs tenus à l’écart
Comme l’ensemble des métiers éducatifs, il y a une crise d’attractivité et du recrutement des inspecteurs. Alors comment y remédier ? en ouvrant l’accès au concours d’IA-IPR aux maîtres de l’enseignement privé répond le ministère, lit-on dans un communiqué du SPELC, syndicat de l’enseignement privé.
Selon le SNIA-IPR, syndicat majoritaire des IA-IPR, le ministre n’a à aucun moment jugé utile de les en informer. Le syndicat avait pourtant reçu en audience le 10 décembre 2025. Lors de cet échange, le syndicat avait alerté sur les écueils d’un élargissement du concours à d’autres viviers et remis une note technique détaillant les nombreuses difficultés que poserait une telle réforme. La question a de nouveau été soulevée publiquement par le SNIA-IPR lors de la réunion du 28 janvier dernier, en présence de l’ensemble des inspecteurs. Le ministre n’y a apporté aucune réponse.
Une annonce réservée à un seul syndicat
Le ministre n’a pas davantage informé les syndicats représentatifs de l’ensemble des corps d’inspection, réunis en GNPI le 3 février. Il a en revanche choisi de réserver cette annonce au seul SPELC, reçu la veille, le 2 février. Ce choix interroge, d’autant que le ministre n’a pas apporté le soutien attendu à la profession d’inspecteur. Il a même tenu, dans un entretien accordé au Monde le 28 janvier 2026, des propos assimilables à un rappel à l’ordre des inspecteurs chargés du contrôle des établissements privés sous contrat.
En 2024, dans l’urgence et dans le contexte du scandale Bétharram, le ministère avait missionné des IA-IPR pour contrôler des établissements privés, sans cadre précis quant au périmètre de leurs missions.
En 2025, le secrétaire général de l’enseignement catholique a publiquement mis en cause les inspecteurs, évoquant sans éléments probants des « abus de pouvoir » et un « climat de suspicion délétère ». Il a même qualifié le vade-mecum ministériel – pourtant encore en cours d’élaboration – de « manuel de l’inquisiteur », dénonçant un supposé « système de délation ». Quelques mois plus tard, le ministre lui-même a repris cet argumentaire dans les colonnes du Monde.
Le privé choyé ?
Dans un contexte où le contrôle du privé se fait plus pressant, face aux scandales qui éclatent le ministère estime-t-il que des inspecteurs issus du privé seront mieux à même de contrôler les établissements privés sous contrat ? Pour Philippe Janvier, interrogé sur cette réforme le ministère envoie « un signal de rupture du dialogue ».
Un projet lourd de conséquences pour le corps des IA-IPR
L’ouverture du concours IA-IPR aux maîtres du privé constituerait un bouleversement majeur pour un corps fondé sur une expertise didactique, pédagogique et disciplinaire. Contrairement aux affirmations avancées par le ministère, les besoins de recrutement des IA-IPR ne justifient en rien une extension du vivier répond le syndicat majoritaire. Celui-ci est aujourd’hui quantitativement et qualitativement suffisant, explique le SNI-IA IPR Unsa : plus de 99 % des professeurs agrégés, chefs d’établissement et IEN remplissant les conditions pour se présenter au concours ne le font pas. Le concours de recrutement 2026 en atteste à nouveau.
La difficulté est ailleurs. Peut-être dans une dévalorisation salariale et un manque de considération ? Passer le concours d’inspecteur pour un professeur agrégé peut faire perdre de l’argent, et à ce titre ne représente pas de « promotion » mais un déclassement.
Pour le SNIA-IPR UNSA, il s’agit d’un projet politique visant à affaiblir durablement l’expertise objective, indépendante et reconnue des IA-IPR. Le syndicat majoritaire des IA-IPR attend que le ministre s’explique clairement devant la profession sur l’avenir du corps des IA-IPR et sur la place qu’il entend accorder à l’expertise didactique et pédagogique au sein de l’Éducation nationale.
Un affaiblissement assumé de l’expertise
Le concours IA-IPR est un concours interne de la fonction publique, destiné à des fonctionnaires au terme de carrières longues. Ouvrir ce concours aux maîtres du privé reviendrait, de fait, à créer un troisième concours, ouvert à des personnels non-fonctionnaires, sans condition de diplôme spécifique, à l’image de ce qui existe pour les personnels de direction. Une telle évolution constituerait une rupture profonde.
Cette orientation s’inscrit dans une dynamique déjà engagée : ouverture des inspections à des personnalités extérieures nommées par le recteur, suppression en 2023 de l’IGESR comme corps d’expertise disciplinaire, transformation des fonctions en postes fonctionnels aux missions souvent transversales.
Djéhanne Gani
