Par Jeanne-Claire Fumet
Les montres molles, inspirées par les théories d’Einstein sur la relativité du temps, sont devenues l’emblème du peintre auprès du grand public : on en trouve des répliques chromées dans toutes les boutiques de décoration d’intérieur, comme en un temps des tournesols de Van Gogh. Mais le détournement commercial, dans le cas de Dali, ne fait que répliquer la manœuvre initiale de l’artiste : Vincent Noce montre l’habileté du peintre à s’emparer, voire à transformer a posteriori en intuitions prémonitoires, la conversion de concepts savants en métaphores librement symboliques. Non que Dali manquât de sagacité en matière d’engouements intellectuels : il ne se trompait pas de cibles lorsqu’il poursuivait Freud ou le jeune Lacan, Albert Einstein, J. D.Watson ou le mathématicien René Thom. Mais s’il leur emprunte des sources d’inspiration, il sait ensuite glisser avec une souplesse remarquable d’un registre à l’autre du discours, de la physique aux sciences humaines ou à la psychanalyse, pour mettre ses élaborations mentales à l’abri de toute discussion rationnelle.|
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