Par Jeanne-Claire Fumet
Spécialiste de philosophie des sciences cognitives, Marc Kirsh a eu l’occasion de mener plusieurs missions pour l’Éducation nationale, dans les années 1990 sur les nouvelles technologies, puis sur les usages des TIC et l’édition numérique en 2000. Il a participé au groupe de réflexion dirigé par D. Andler sur les applications des sciences cognitives aux questions d’éducation (Compas) – domaine qui lui inspire un avis mitigé. « L’état actuel des recherches en sciences cognitives, dit-il, ne permet que des applications minimalistes dans le domaine de l’éducation. On ne se situe pas sur la même échelle et on ne traite pas de phénomènes comparables. Quant à l’efficacité des outils numériques dans l’apprentissage scolaire, aucune étude ne montre de manière décisive qu’on apprend mieux avec que sans. Ce sont de beaux outils, ils sont souvent très utiles, invasifs parfois, mais ce ne sont pas des remèdes miracles. »
Marc Kirsch : Je suis désarmé : je ne comprends pas pourquoi ce qui marche dans une classe ou dans un groupe ne marche pas dans un autre. Il est clair que je n’ai aucune formation pour la partie pédagogique. Mes connaissances en cognitivisme sont sans rapport avec ces situations et n’y ont aucune pertinence. Mais je crois que le problème tient aussi au mode d’étude scolaire de la philosophie. Il faudrait en finir avec l’idée qu’on apprend à « penser par soi-même ». Nous ne faisons jamais que nous entre-gloser, c’est évident, mieux vaudrait savoir qui nous glosons ! Peut-être une connaissance de l’histoire des concepts ou de l’histoire des problèmes serait plus utile. Sans faire de la muséologie, évidemment ; on peut avoir une approche philosophique de l’histoire des idées, qui pourrait atteindre les élèves davantage que ces textes entièrement déconnectés qu’on leur propose dans les manuels. Lorsque j’ai participé au GTD [Groupe Technique Disciplinaire] sur l’instruction civique, j’ai pu constater le degré de déconnexion des participants avec le public scolaire : j’y ai vu des affrontements idéologiques abstraits, et des travailleurs sociaux venus du terrain, mais étrangers aux publics scolaires. J’imagine ce que peuvent donner les GTD de philosophie… Tout cela relève d’une manière très abstraite, très jacobine de concevoir les programmes scolaires, ce n’est pas adapté. Propos recueillis par Jeanne-Claire Fumet
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