L’école inclusive ? « Une nouvelle fois, cette logique d’affaiblissement du dispositif Ulis dans les collèges renverra aux élèves, aux familles et aux personnels la prise en charge du handicap à l’école mais aussi la responsabilité de l’échec de l’inclusion en milieu ordinaire » écrit Céline Malaisé. Elle dénonce dans cette tribune la logique comptable et la perte d’heures à destination d’élèves en situation de handicap ou non-allophones dans l’académie de Paris. Elle démontre les effets et l’injustice de cette coupe budgétaire pour ces élèves et l’ensemble du système.
Parmi l’avalanche de coupes budgétaires, une décision dit beaucoup du projet que l’extrême-centre met en œuvre pour l’éducation. Dans l’académie de Paris, aux 99 suppressions de postes et aux fermetures de 43 classes dans les collèges s’ajoute la disparition de 400 heures. Celles-ci étaient jusqu’alors attribuées aux élèves scolarisés en ULIS (élèves en situation de handicap et ayant besoin de mesures de compensation) et en UPE2A (élèves allophones). Ces élèves, à besoins particuliers reconnus ainsi par des circulaires et une loi, ont comme tous les enfants droit à l’éducation et ces 400 heures sont indispensables pour elles et eux.
400 heures en moins pour fêter les 20 ans de la loi pour l’égalité des droits et des chances !
Alors que le 11 février 2025 verra les 20 ans de la loi pour l’égalité des droits et des chances qui doit garantir à chaque enfant en situation de handicap le droit d’être inscrit à l’école avec une logique de compensation, le recteur de l’Académie de Paris justifie cette coupe de 400 heures comme un retour à la « règle commune ». Ce qui est appelé « règle commune » est le couperet qui a déjà taillé dans d’autres académies les heures allouées aux autres disciplines que les heures dévolues aux coordinateurs des ULIS (et UPE2A). Ces 8 heures, durant lesquelles chaque semaine, les élèves, au sein d’un effectif moins nombreux qu’une classe normale, accueillaient l’apprentissage de l’anglais, des sciences, de l’histoire-géographie, de la musique, de la technologie, de l’EPS, de l’art plastique… par un professeur de la matière sont celles qui sont sur le point de disparaître. Penser que ces heures ne serait qu’une sur-dotation alors qu’elles sont une porte ouverte sur des matières et des apprentissages qui éveillent la curiosité, l’imagination, la rigueur … heurte sur le rôle qu’a l’école dans la construction d’un futur citoyen.
Durant ces 8 heures, ce qui est prévu pour ces élèves à besoins particuliers est l’intégration dans des classes ordinaires. Tout professionnel sait que chaque heure d’intégration d’un enfant d’ULIS nécessite un accompagnement, des moyens et des mesures d’adaptation afin qu’elle se passe bien pour l’apprentissage de l’enfant et pour sa place au sein de la classe. Le manque d’AESH, leur non-reconnaissance, les classes surchargées, le manque de formation des enseignants … rendent difficile les bonnes conditions de scolarisation des élèves en situation de handicap dans des classes ordinaires. Et quant à l’argument massue du rectorat de Paris qui explique que la suppression de ces 8 heures permettrait de les récupérer afin de supprimer moins de classes, il démontre avec clarté que seule la logique comptable compte. Une nouvelle fois, les moyens nécessaires et suffisants pour une scolarisation réussie ne sont pas ceux qui président à la prise de décision. Une nouvelle fois, cette logique d’affaiblissement du dispositif Ulis dans les collèges renverra aux élèves, aux familles et aux personnels la prise en charge du handicap à l’école mais aussi la responsabilité de l’échec de l’inclusion en milieu ordinaire.
400 heures en moins pour une académie qui accueille un grand nombre d’élèves de moins de 15 ans allophones
Les classes d’UPE2A accueillent des élèves allophones nouvellement arrivés. Certains n’ont pas été scolarisés ou très peu avant d’être en France, d’autres l’étaient dans un système éducatif totalement différent, certains ont quitté leur pays dans des situations difficiles desquelles ils sortent fragilisés… tous ont besoin que la République et son École assurent les meilleures conditions de leur intégration. La circulaire de 2002 sur la scolarisation des élèves allophones rappelle ces exigences et définit un cadre. 12 heures au minimum sont dévolues à l’apprentissage du français langue seconde.
Des académies comme celles de Paris accueillant plus d’élèves allophones ont augmenté à 18 heures ce volume horaire. 8 heures sont attribuées à l’enseignement de disciplines par des professeurs afin que les élèves aient, comme tous les collégiens, 26 heures d’enseignement par semaine. Ce sont ces 8 heures qui sont menacées pour la rentrée 2025, celles durant lesquelles ces enfants du monde entier se familiarisent avec des méthodes et du vocabulaire propres à chaque discipline avant de plonger dans le grand bain de la classe ordinaire. Aujourd’hui, chaque enfant peut prendre son temps, aller à son rythme en se sentant en sécurité et accompagné et, enfin, être consulté afin qu’il puisse dire quand il se sent prêt à suivre les cours ordinaires. Demain, ce seraient des inclusions à marche forcée dès la rentrée de septembre pour des enfants qui ne comprendraient rien ou pas grand chose à plusieurs heures de cours mettant à mal leur confiance en eux et leur entrée dans leur scolarisation en France. Les coordinatrices et coordinateurs d’UPE2A de Paris savent également très bien que la suppression de ces 8 heures annonce la réduction de 18 heures à 12 heures de l’enseignement de français langue seconde qui est le plancher déterminé par la circulaire.
Informer et agir contre cette décision inique
Jeudi 30 janvier, après le départ des représentants des enseignants et des parents d’élèves du Conseil départemental de l’Éducation nationale, s’est tenue une Assemblée générale. Les témoignages de coordinateurs et coordinatrices d’UPE2A et d’ULIS de l’académie de Paris ont été nombreux et tous démontraient les dommages que causerait cette économie de bout de chandelles évidemment pour les élèves de ces dispositifs mais aussi pour le fonctionnement des classes et pour la garantie du droit à l’éducation pour tous les enfants. Ce qui a été défait dans d’autres académies et dégrade la scolarisation d’élèves ne peut devenir la règle. Au contraire, conserver ces heures disciplinaires est une revendication qui doit s’étendre à toutes les académies. L’attribution arbitraire de quelques heures d’amortissement à quelques dispositifs ne corrige rien et renforce l’incompréhension et l’indignation.
Ensemble, les coordinatrices et coordinateurs d’UPE2A et d’ULIS ont décidé de se faire entendre notamment par la grève dès le jeudi 7 février. Chaque Conseil d’administration des collèges concernés peut également exprimer son refus lors du vote de la dotation horaire globale. L’avenir de l’école pour tous les enfants ne peut pas être sacrifié par un rabot budgétaire obéissant à l’unique logique comptable.
Céline Malaisé
