« La rentrée se fait avec des moyens préservés, près de neuf mois après l’adoption du budget 2025, pour lequel je me suis pleinement engagée. Si l’adoption du budget 2026 s’annonce compliquée, je n’ai pas de doutes, nous devons garder ce cap » a déclaré la ministre lors d’une conférence de presse mercredi 27 août 2025, indiquant une augmentation du budget de 16 milliards depuis 2017. C’est dans un climat politique instable accentué par le vote de confiance du 8 septembre annoncé par François Bayrou lundi, qu’Élisabeth Borne aborde donc sa première et peut-être dernière rentrée Rue de Grenelle. En poste depuis huit mois au sein du gouvernement Bayrou, elle se présente « au service de l’École, de ses élèves et de ses personnels ».« L’École doit rester le lieu où s’écrit l’avenir d’un pays. Elle a été attaquée de toutes parts : il faut la défendre sur tous les fronts ».
La réforme de la formation, le chantier de l’année
La réforme de la formation apportera-t-elle une réponse à la crise d’attractivité comme l’espère la ministre Borne ? Le recrutement au niveau licence et non plus master suivi de deux années de formation rémunérées devrait entrer en vigueur à la rentrée 2026, reste à savoir si l’austérité budgétaire prévue par le plan de 44 milliards d’euros d’économie le permettra et qui portera cette réforme.
Santé mentale, écrans et accompagnement des élèves : une priorité affichée
Face à une hausse inquiétante de la détresse psychologique chez les jeunes (1 sur 5 présenterait des signes de souffrance mentale), la ministre a fait de la santé mentale une priorité nationale. Elle a rappelé le plan lancé ce printemps, une ambition sans véritables moyens d’actiom : dès la rentrée, chaque établissement devra mettre en place un protocole de repérage et d’accompagnement des élèves en difficulté. Un conseiller santé mentale sera nommé dans chaque département, et des formations seront proposées aux personnels éducatifs, en lien avec des professionnels de santé. Une formation sur la base du volontariat sera lancée en classes de 4e et de seconde pour apprendre aux élèves à repérer les signaux de mal-être chez leurs camarades et les relayer aux adultes référents.
« Portable en pause »
Depuis 2018, les téléphones portables sont déjà interdits. Confirmant une mesure expérimentée dans une centaine d’établissements, la généralisation de l’interdiction totale des téléphones portables au collège entre en vigueur dès lundi 1er septembre. Ils devront être laissés pendant les cours dans des casiers, mallettes ou pochettes dans les établissements selon des modalités définies localement…
La ministre entend également limiter l’exposition aux écrans à la maison : les ENT (espaces numériques de travail) et logiciels comme Pronote seront désactivés chaque soir entre 20h et 7h, ainsi que tout le week-end.
L’intelligence artificielle entre à l’école
Quelques mois après la publication du cadre d’usage de l’IA dans l’éducation, la ministre Borne a annoncé des formations obligatoires à l’IA générative proposées à tous les élèves de 4e, 2de et 1re année de CAP dès 2026, avec expérimentation dès cette rentrée. Les enseignants disposeront aussi d’outils IA pour préparer leurs cours et mieux individualiser l’accompagnement. Ils bénéficieront également d’une formation et une IA dédiée sera fournie dans les prochains mois pour les assister dans la préparation de leurs cours. Pas d’éléments sur qui et comment la formation sera effectuée, sur quel temps (scolaire ou personnel)…
Réforme du bac
Élisabeth Borne a confirmé une série de changements pour le baccalauréat, en particulier pour la session 2026. Les élèves ayant une moyenne inférieure à 8/20 ne pourront plus accéder aux rattrapages. Le nombre de points attribués par les jurys à l’oral de rattrapage sera plafonné à 50. Aucun candidat ne pourra obtenir le bac avec moins de 9,5 de moyenne générale.
Une nouvelle épreuve de mathématiques en première (voie générale et technologique) fera également son apparition dès le printemps 2026 : d’une durée de deux heures, elle comptera coefficient 2, et contiendra un QCM ainsi que plusieurs exercices.
La ministre souhaite que le contrôle continu soit mieux encadré et moins anxiogène. Chaque lycée devra, avant les vacances de la Toussaint, définir un projet d’évaluation expliquant les modalités de notation qui seront prises en compte pour le bac — et donc pour Parcoursup.
Brevet : examen renforcé et accompagnement post-échec
Dès 2026, le brevet des collèges sera également modifié. L’examen comptera désormais pour 60 % de la note finale, contre 50 % aujourd’hui. Le contrôle continu portera uniquement sur les notes de 3e, et non plus sur l’ensemble du cycle 4. Les élèves n’obtenant pas leur DNB bénéficieront d’un accompagnement spécifique en seconde, avec des parcours renforcés pour faciliter la consolidation des acquis.
Lycée professionnel : ajustements du parcours différencié
À partir de la session 2026, les épreuves du bac pro seront décalées de 15 jours, pour donner plus de temps de préparation. En conséquence, la durée du parcours différencié très critiqué par les personnels et syndicats passera de 6 à 4 semaines.
Orientation : la plateforme Avenir
Des classes chargées, groupes de besoins au collège, une voie professionnelle qui peine à se renouveler, à correspondre aux besoins et attentes et qui manque de professeurs, un système éducatif qui ne parvient pas faire réussir les plus fragiles, cette ambition sans moyens semble difficile à réaliser.
Encourager les filles à choisir les sciences
Élisabeth Borne a aussi évoqué le plan « Filles et maths », lancé en 2024. Dès le 15 septembre 2025, des séances de sensibilisation seront organisées dans tous les établissements, pour lutter contre l’autocensure des jeunes filles face aux filières scientifiques. Le ministère vise 5 000 filles supplémentaires choisissant la spécialité mathématiques chaque année. Pour cela, 60 classes à horaires aménagés en mathématiques et sciences, accueillant au moins 50 % de filles, seront ouvertes. La FSU-SNUipp a souligné à ce propos lundi :
« Très bien, on y souscrit ! Mais ce plan n’annonce qu’une sensibilisation de 2 heures à la rentrée dispensée par le/la directrice d’école qui elle même devra être formée en accéléré avec une capsule vidéo ! », indiquait la porte-parole Aurélie Gagnier.
De nouveaux programmes et plus d’activité physique à l’école
De nouveaux programmes de français et de mathématiques avec des repères annuels entrent en vigueur cette année, de la petite section de maternelle à la classe de 6e. La ministre Elisabeth Borne s’inscrit dans les pas de ses prédécesseurs, prônant les fondamentaux. La ministre a aussi évoqué la généralisation et effectivité des 30 minutes d’activité physique quotidienne dans toutes les écoles.
Programme EVARS
La loi de 2001 sur l’éducation à la sexualité sera-t-elle enfin mise en œuvre ? Trois séances annuelles obligatoires dans toutes les écoles, collèges et lycées, publics comme privés sous contrat. Une réunion avec les parents devra être organisée en début d’année pour lutter contre les fausses rumeurs.
La coéducation
La relation aux familles a été longuement mentionnée par la ministre. chaque école et chaque établissement devra « disposer d’une charte des relations école-parents », d’une « Maison des parents », espace d’accueil déjà prévu par les textes.
Ecole inclusive et PAS
Cette rentrée voit l’ouverture de 500 Pôles d’Appui à la Scolarité (PAS) pour accompagner les élèves à besoins éducatifs particuliers. Objectif : généralisation d’ici 2027. Les AESH seront désormais rattachés à une école de référence. La ministre n’a pas un mot sur la question de leur statut ou salaire, tout comme ceux de l’ensemble des personnels de l’Education nationale. Cette question, pourtant essentielle, liée au budget a été éludée.
Djéhanne Gani
