Un changement majeur dans le contrôle continu
Mercredi 27 août, la ministre de l’Éducation nationale Élisabeth Borne a annoncé un changement de taille dans le contrôle continu du baccalauréat : toutes les évaluations ne compteront plus automatiquement dans la note finale. Dès cette rentrée, les lycées devront établir un « projet d’évaluation » précisant quelles évaluations sont « certificatives » – c’est-à-dire prises en compte pour le bac et Parcoursup – et lesquelles auront un coefficient 0, donc exclues du calcul. Un contrôle de connaissance en langue ou un exercice d’entraînement pourra ne pas peser dans la moyenne. Seuls les devoirs jugés significatifs, souvent en conditions proches de l’examen, seront retenus.
Vers des bulletins à deux vitesses
Ce changement implique une nouvelle organisation : chaque élève recevra deux bulletins à la fin de chaque trimestre : un bulletin officiel, avec les notes « certificatives » qui compteront pour le bac et Parcoursup et un bulletin pédagogique, avec l’ensemble des évaluations, servant à mmesurer les progrès de l’élève, sans incidence sur la note finale.
L’objectif affiché par la ministre ? Alléger la pression sur les élèves, clarifier les critères d’évaluation, et éviter que chaque note ne devienne source de stress ou de calcul stratégique. La stratégie des élèves pourrait toutefois changer selon le type d’évaluation et leur incidence pour Parcoursup.
Un bac à géométrie variable
Ce changement s’inscrit dans la logique de la réforme du bac lancée par Jean-Michel Blanquer en 2018, qui a introduit le contrôle continu à hauteur de 40 % de la note finale. Mais avec cette nouvelle évolution, l’autonomie laissée aux établissements s’accentue encore : chaque lycée définira librement les types d’évaluations, leurs coefficients, leur fréquence et leur format. Pour certains, c’est une forme de souplesse ouvrant la porte à un baccalauréat à géométrie variable, où les règles changent d’un établissement à l’autre, au risque d’accroître les inégalités entre élèves et établissements. « Un des problèmes principaux est Parcoursup qui structure l’organisation du lycée» juge Sophie Vénétitay, et le contrôle continu qui génère du stress chez les élèves.
Des critiques vives du côté des syndicats
La réforme ne fait pas l’unanimité. Le Snes-FSU dénonce une mesure précipitée, imposée sans concertation. « Encore une réforme du bac, décidée dans l’été, sans dialogue avec les enseignants », s’insurge Sophie Vénétitay, sa secrétaire générale. Pour elle, cette annonce est une « diversion » sur une rentrée sur le fil sous le signe de la pénurie et sur la question des salaires. Elle juge que cette réforme n’aura pas l’objectif affiché d’atténuer la pression des familles, voire d’un chef d’établissement.
Les syndicats redoutent aussi des pressions renforcées sur les équipes pédagogiques, notamment de la part des parents, pour influencer les décisions sur les évaluations certificatives. Le Snes-FSU plaide pour un retour aux épreuves terminales nationales.
Un projet d’évaluation à élaborer d’ici la Toussaint
Chaque établissement devra, d’ici les vacances de la Toussaint, produire un projet d’évaluation. Ce document collectif devra définir quelles évaluations sont certificatives, fixer les coefficients attribués à chaque type d’exercice, garantir une harmonisation des pratiques dans le lycée et respecter les attentes de Parcoursup et du cadre national du baccalauréat.
Les inspecteurs pédagogiques régionaux accompagneront les équipes dans cette démarche, censée à la fois préserver l’autonomie pédagogique et garantir une certaine équité entre établissements.
Le SNES-FSU rappelle que le projet local d’évaluation avait été refusé et combattu en 2021 par les personnels et syndicats, rejetant « toute forme de caporalisation des pratiques pédagogiques« . Le syndicat dénonce une « stratégie du mépris et du discrédit » du ministère à l’encontre « d’enseignant·es défaillant·es ou trop laxistes , incapables de noter correctement et qui porteraient la responsabilité d’une supposée dévalorisation du diplôme« .
Un objectif affiché : plus de justice, mais un risque de confusion
Pour la ministre, ce changement vise à « refléter plus fidèlement le niveau des élèves » et à « éviter que des évaluations mineures ne pèsent de façon excessive ».
En confiant aux établissements le pouvoir de décider ce qui compte ou non pour l’examen, l’État fragilise l’égalité entre les élèves et creuse un peu plus l’écart entre les lycées. Pour rappel, le lycée d’origine n’est pas anonymisé dans Parcoursup. Un bac commun… mais des règles différentes : l’un des paradoxes d’un système qui doit « diminuer la pression sur les élèves » tout en « reflétant plus fidèlement leur niveau », garantir la justice scolaire, tout en s’en éloignant dans un système de sélection à l’entrée de l’université, faute de place.
Djéhanne Gani
