Il était environ 19h, jeudi 18 septembre, place de la Nation à Paris en fin de manifestation quand ce professeur est interpellé par une trentaine de policiers. Le co-secrétaire du Snep-FSU 93 était à la manifestation, sur le chemin du retour, sans banderole ni badge. Il portait un kéfié pour se protéger du gaz lacrymogène, quand il a été arrêté et trainé à terre. « On était tous les deux de manière pacifique sur le chemin de retour. Il a été encerclé, plaqué au sol de manière extrêmement violente. On était en retrait, loin des tensions, ce n’était pas une action de foule », témoigne sa compagne au Café pédagogique elle-aussi personnel de l’Education nationale, présente au moment des faits. « J’ai été choquée, je suis tombée. Il n’était ni menaçant, ni proche des forces de l’ordre » poursuit-elle.
Garde à vue, tribunal, dossier vide
Le manifestant est placé en garde à vue pendant 48 heures, avant d’être déféré au tribunal pour avoir refusé de se soumettre à une prise d’empreintes et de photos — un droit qu’il a pourtant le choix d’exercer selon la législation. Selon sa compagne et l’avocat, il a été relâché après trois nuits car le dossier est vide : « Les avocats ont confirmé l’absence totale de charges sérieuses. Le motif invoqué est la participation à un groupement en vue de commettre des violences. Or, rien ne permet de soutenir cette accusation. » Le motif invoqué est réfuté fallacieux et arbitraire par le manifestant qui encourt 500 euros d’amende.
« Pour nous, c’est une arrestation abusive, vouloir interdire de manifester, c’est insupportable dans une démocratie » déclare la secrétaire générale du SNep-FSU Coralie Benech, contactée par le Café pédagogique. Selon elle, « il y a une volonté réelle de vouloir faire peur pour faire taire un mouvement social. C’est un militant syndical, il manifeste, c’est un droit et une liberté à laquelle on tient. Dans une démocratie, on doit pouvoir manifester en toute sécurité et ce n’est plus le cas aujourd’hui en raison de cette répression ».
La FSU 93 dénonce une répression syndicale
Face à cet acte qu’elle qualifie de « purement arbitraire », la FSU 93 a immédiatement réagi dans un communiqué : « Nous dénonçons avec la plus grande fermeté l’arrestation d’un professeur de Montreuil lors de la manifestation du 18 septembre. Cet acte répressif s’inscrit dans un contexte de violences policières que nous condamnons sans ambiguïté. »
Colère, peur, sidération contre les atteintes aux libertés fondamentales
« Je n’avais plus de nouvelles les premières 24 heures, j’ai eu peur qu’il soit à l’hôpital. J’étais en état de stress, d’angoisse, sans rien comprendre à ce qui se passait » témoigne sa compagne qui parle d’un véritable traumatisme.
Depuis l’arrestation, des députés du NFP se sont multipliés et ont exercé leur droit de visite, comme Alexis Corbière ou Danielle Simonnet (NFP, Après) mobilisés pour demander sa libération.
Coralie Benech dénonce un climat sécuritaire qui ne cesse de s’intensifier, criminalisant l’engagement militant : « on voit bien que depuis la loi travail, les arrestations se sont multipliées, souvent abusives avec des motifs fallacieux, prétexte, comme un visage masqué pour instaurer un climat de peur ». Pour elle, « cela ne fera pas taire mouvement syndical et le mouvement social », poursuivant « on va continuer de manifester, de revendiquer. Plus on ira vers plus de services publics, et plus d’égalité, plus la situation sera apaisée. La violence, la répression policière n’est pas la bonne réponse à la violence sociale ».
Djéhanne Gani
