Estonie : des réformes en cours, un modèle d’autonomie et d’équité
Invitée de l’Université de Tallinn, Maria Erss a présenté les évolutions du système éducatif estonien, souvent cité en exemple en Europe. Petit pays de 1,3 million d’habitants, l’Estonie se distingue par ses résultats aux évaluations PISA, notamment en mathématiques et en lecture, ainsi que par une forte équité scolaire : les inégalités sociales y ont un impact modéré sur la réussite des élèves.
Un système fondé sur la confiance et l’autonomie
Depuis 1996, le pays a engagé une réforme structurelle fondée sur l’autonomie des établissements et la liberté pédagogique des enseignants. Chaque école peut adapter son curriculum, choisir ses manuels, gérer son budget et définir ses orientations. Les enseignants, tous titulaires d’un master, disposent d’une grande marge de manœuvre pour mettre en œuvre un enseignement individualisé ou par projets. Le système valorise également les apprentissages non formels : plus de 90 % des jeunes participent à des clubs périscolaires, notamment gratuits (musique, théâtre, robotique, colonies de vacances…).
Des réformes tournées vers l’avenir
Maria Erss a évoqué quatre réformes en cours. La première est linguistique, pour renforcer la cohésion nationale et réduire la ségrégation héritée de l’époque soviétique. La seconde concerne l’enseignement professionnel, avec l’allongement du secondaire d’une année et une revalorisation de l’enseignement professionnel, aujourd’hui fréquenté par 21 % des élèves.
Une réforme technologique est aussi en cours avec la création d’un assistant d’intelligence artificielle destiné à soutenir le travail enseignant. La chercheuse a ensuite évoqué la transition écologique et humaine, avec une attention croissante portée au bien-être des professeurs et à la coopération entre institutions. « L’espoir réside dans l’IA pour transformer l’éducation, mais cela exige des enseignants hautement professionnalisés », souligne Maria Erss. « Il faut attirer et accompagner ceux qui s’engagent dans ce métier exigeant. »
Australie : les standards professionnels comme repères
Kairen Call de l’université de Sunshine Coast (Australie), a présenté le cadre national des Standards professionnels pour les enseignants.
Ce référentiel vise à définir les connaissances et compétences attendues à chaque étape de la carrière, mais n’a rien d’une recette magique. Selon elle, il s’agit avant tout d’un outil d’accompagnement, destiné à favoriser la qualité de l’enseignement et à soutenir la professionnalisation. Malgré un contexte de résultats PISA en baisse et de fortes tensions professionnelles, les standards australiens cherchent à créer un langage commun entre enseignants, formateurs et décideurs.
Corée du Sud et Oxford : l’IA au cœur des compétences de demain
Jieun Kiaier, chercheuse associée à l’Université d’Oxford a présenté l’intégration de l’intelligence artificielle dans les compétences professionnelles des enseignants en Corée du Sud, où plus de 30 % des écoles primaires utilisent déjà des outils d’IA pour personnaliser les apprentissages.
L’IA y est perçue non comme une menace, mais comme un levier de transformation professionnelle, soutenu par une reconnaissance institutionnelle et financière.
Cependant, les intervenants ont rappelé les limites de ces technologies : absence d’empathie, de jugement moral ou d’encouragement humain. « L’enseignant reste une autorité humaine que l’IA ne peut remplacer », a-t-elle souligné. « Il s’agit de trouver le bon équilibre, d’expérimenter, et surtout de garder un esprit critique face aux outils numériques. »
Vers un nouveau profil d’enseignant ?
De Tallinn à Sydney, d’Oxford à Séoul, un même constat émerge : le métier d’enseignant se transforme profondément, mais l’humain demeure au centre du système éducatif. Enseigner, c’est apprendre à apprendre dans un monde en constante évolution. La révolution numérique impose l’acquisition de nouvelles compétences pour l’enseignant comme des compétences à enseigner : esprit critique face aux technologies, capacité à coopérer et innover collectivement, maîtrise des outils numériques sans en devenir dépendant, avec une attention accrue au bien-être, à l’équité et à la durabilité. Pas une mince affaire !
Djéhanne Gani
