Ce que dit la DEPP
Un rappel du contexte : le dédoublement mis en place par le ministre Blanquer succède à la politique précédente du « plus de maîtres que de classes » mise en œuvre sous la ministre Najat Vallaud-Belkacem, puis supprimée. Les principaux messages sont clairs : il existe des effets positifs de la réduction de la taille des classes sur les apprentissages.
La DEPP rappelle ainsi qu’« en fin de CE1, soit après deux années de scolarisation en classe réduite, les élèves de REP+ ont des résultats supérieurs aux élèves scolarisés dans des écoles de REP ayant des caractéristiques similaires mais n’ayant pas bénéficié de la réforme » (Andreu et al., 2021). Elle n’évoque pas d’effets sur le climat scolaire, pourtant priorité du ministère.
L’absence d’effets durables sur les résultats à l’entrée au collège
Mais la DEPP note aussi l’absence d’effets durables sur les résultats à l’entrée en 6e. Pourquoi ? Différents facteurs peuvent l’expliquer, note-t-elle : l’évaluation ne porte que sur les deux premières années de mise en œuvre en REP+ (CP puis CE1) ; et l’impact du Covid-19, a particulièrement touché les élèves socialement défavorisés. Elle relève qu’ « une analyse restreinte aux DROM révèle toutefois un effet positif et statistiquement significatif sur les scores en français des élèves de REP+ (El Bah, 2026) ».
La note s’achève par un paragraphe annonçant de nouveaux travaux de recherche sur des effets en maternelle : « La littérature scientifique souligne l’importance d’interventions ciblées dès le plus jeune âge (Heckman, 2006). L’extension de la mesure aux classes de grande section de maternelle en éducation prioritaire depuis 2020 permet d’étudier l’effet d’une réduction de la taille de classe mise en place plus tôt dans la scolarité des élèves. Ces analyses seront conduites dans le cadre du projet de thèse COFRA soutenu par la DEPP. »
Des limites structurelles ignorées : la question sociale
Le dédoublement des classes est loin de compenser les différences de compétences entre les élèves scolarisés hors éducation prioritaire et ceux scolarisés en REP+, même en classes dédoublées. Pourquoi, dès lors, ne pas poser clairement la question de la mixité sociale et scolaire ?
Une précédente note de la DEPP pointait la ségrégation de l’école française, dimension largement absente de la synthèse. 83 % des collèges REP+ accueillent une majorité d’élèves de milieu défavorisé, contre 32 % en REP, 2 % hors éducation prioritaire, et aucun dans le secteur privé.
Ces écarts se traduisent par des stratégies d’évitement : dès 2018, 22 % des élèves résidant en zone REP+ choisissaient un autre collège public que celui de leur secteur, soit deux fois plus que hors éducation prioritaire (11 %). À noter que ce chiffre n’a pas été actualisé depuis.
Moyens, budget, angles morts
La synthèse interroge aussi, en creux, le budget de l’école élémentaire française, dont les moyens restent sensiblement plus faibles que dans les autres pays de l’OCDE.
Le budget de l’Éducation nationale a certes augmenté au cours du premier quinquennat du président Macron. Mais la part de la richesse nationale consacrée à l’éducation est passée de 6,7 % du PIB en 2018 à 6,6 % en 2019, contre 7,7 % en 1995.
Ce que la synthèse ne prend pas en compte
Depuis 2017, les classes de GS, CP et CE1 en éducation prioritaire bénéficient du dédoublement. Mais en gommant ce qui fait l’éducation prioritaire – concentration des difficultés, enseignants plus jeunes, instabilité des équipes – la synthèse ne prend pas en compte l’ensemble de l’objet de recherche.
Elle laisse de côté une question pourtant essentielle : celle d’un allègement des effectifs à tous les niveaux, sans distinction de classement administratif, et de la réinstauration de RASED pour accompagner les élèves en grande difficulté. Car l’école française se distingue par un nombre plus important d’élèves.
Dans un contexte de suppressions de postes, le ministre déclarait Dimanche dernier sur LCI : « il faut que l’on améliore le taux d’encadrement. On baissera un jour peut-être à 20 ou à 19 élèves par classe. Mais si on fait ça de manière brutale, on va ensuite casser la machine pour les 20 prochaines années ». La casser ou la réparer ?
Djéhanne Gani
Charpentier, A., 2026, « Réduction de la taille de classe en éducation prioritaire : que nous apprennent les données de la DEPP ? », Synthèse de la DEPP, n° 8, DEPP.
