Mais derrière cet appel se posent plusieurs questions : quels moyens concrets pour associer réellement les parents à la vie de l’école ? Quelle est la part de responsabilité des familles ? Celle de l’État ?
Une réalité alarmante
Les chiffres sont préoccupants. Selon l’enquête ENABEE, 13 % des enfants de 6 à 11 ans souffrent de troubles psychiques. Chez les adolescents, 15 % présentent un risque élevé de dépression.. En moyenne, plus d’un enfant par classe est confronté au harcèlement, deux élèves par classe sont victimes de violences sexuelles.
Face à cette réalité, les moyens humains manquent cruellement. L’école ressemble parfois à un désert médical : on compte aujourd’hui un médecin scolaire pour 13 000 élèves, un infirmière pour 1 300 élèves et un psychologue pour 1 500 élèves. Dans ces conditions, les bilans de santé, le suivi psychologique et l’accompagnement des élèves les plus fragiles sont difficilement assurés.
Comment parler de responsabilité partagée sans évoquer la responsabilité de l’État, notamment lorsque des postes sont supprimés ou non remplacés, et que les personnels médico-sociaux sont en nombre insuffisant ?
« La plus noble des missions »
Dans sa lettre, le ministre apporte son soutien aux enseignants. Il souligne « la plus noble des missions : celle d’amener chaque enfant de France au meilleur de ses potentialités et lui permettre de devenir un citoyen libre et éclairé ».
Il rappelle aux parents : « Lorsque vous confiez votre enfant à l’École, vous le confiez à des femmes et à des hommes qui ont choisi de dédier leur vie professionnelle à le faire progresser. Recrutés et formés par l’État, ils assurent la plus noble des missions : instruire, transmettre, forger l’esprit critique et éveiller la conscience civique. »
« Nous devons une grande partie de ce que nous sommes à nos professeurs, et nous leur devons le devenir de nos enfants », écrit-il encore, affirmant que l’institution scolaire demeure « notre fierté et notre espoir ».
« L’école ne peut pas tout »
Mais le ministre insiste aussi sur le rôle des familles : « Face au fléau de la violence et du harcèlement, nous avons besoin de votre implication personnelle en tant que parent. L’école fait beaucoup mais elle ne peut pas tout. »
Il appelle à lutter contre la « banalisation de l’insulte », les « violences physiques » ou encore le « port d’armes blanches ». Reconnaissant que les comportements violents ont des causes multiples, il affirme qu’« il n’y a pas de solution unique » et que « nous détenons tous une partie de la solution ».
Il demande aux parents de dialoguer régulièrement avec leurs enfants, de leur rappeler les règles élémentaires, de signaler tout fait de harcèlement ou de violence, et de montrer par l’exemple que l’école et ses personnels sont « une chance unique ».
La lettre se conclut ainsi : « Pour votre enfant, vous pourrez toujours compter sur l’École et ses personnels. Nous comptons aussi sur vous. »
Appel à un sursaut collectif… une méthode et des moyens ?
L’appel à la mobilisation collective ne peut toutefois ignorer une réalité : l’école a besoin de moyens, de dispositifs renforcés, de temps pour travailler avec les parents, de coopération en réseau avec les professionnels de santé, les associations et les acteurs sociaux.
La coéducation ne peut être seulement un mot d’ordre. Elle suppose des ressources, des personnels formés, du temps institutionnel et une politique publique cohérente. En bref : responsabilité des parents, mais responsabilité de l’État.
Djéhanne Gani
