Le sexisme : comment ça s’explique ?
Dans une 1ère partie, l’ouvrage commence par donner quelques éléments de définition : qu’est-ce que le sexisme ? Comment différence-t-on sexisme explicite et sexisme ordinaire ? Les différences entre les filles et les garçons sont-elles « inscrites dans le cerveau » ? Le « sexisme bienveillant » est-il vraiment bienveillant ? Est-il vrai, comme on l’entend parfois dire, que les féministes « détestent les hommes » ?…
En quelques pages, fort éclairantes, il s’arrête ensuite sur la manière dont le sexisme s’installe dans le cerveau. Pour traiter la quantité d’informations qu’il reçoit, celui-ci a besoin de simplifier le réel par des raccourcis mentaux. Mais ces raccourcis « ont un revers » : ils fabriquent des stéréotypes. Or les stéréotypes fabriquent des préjugés, les préjugés de la discrimination, la discrimination de l‘auto-ajustement, l’auto-ajustement de la catégorisation, et la catégorisation… des stéréotypes. D’autant plus résistants, qu’ils sont alimentés par des mécanismes invisibles, clairement expliqués par l’autrice (effet Golem, menace du stéréotype, besoin d’appartenance…).
Le sexisme : comment ça se manifeste ?
Le sexisme, il est partout, comme le montre la 2e partie : au travail, dans la rue et les espaces publics, dans les médias et sur les réseaux sociaux… Et en premier lieu, à la maison : 49 % des femmes déclarent ainsi avoir été victimes d’actes ou de propos sexistes au foyer. Il commence par des remarques apparemment anodines, que l’on tolère par habitude, petites blagues, petits gestes, petites remarques. Apprendre à en prendre conscience est essentiel, car ce sont ces petits rien qui « ouvrent la voie à des violences de plus en plus graves » : injures, harcèlement, agressions sexuelles, viols.
Les inégalités de genre influencent aussi le système scolaire, explique l’ouvrage. Codes vestimentaires biaisés, sous-représentation des femmes dans les textes, images, exemples, choix d’options et orientations genrées, partage inégal des espaces … l’école construit elle aussi du sexisme. Si cette socialisation genrée empêche surtout les filles, elle pénalise aussi certains garçons, attirés par un « modèle de virilité opposé à celui du bon élève », ou arrêtés par des normes sociales masculines auxquelles ils ne s’identifient pas. Un versant trop peu pris en compte et pourtant essentiel.
Le sexisme : comment ça se combat ?
Une dernière partie propose des pistes pour « agir pour l’égalité ». Tout d’abord prendre conscience que le sexisme ce « n’est pas seulement une question d’opinion ou de comportements déplacés », mais un délit qui peut être puni par la loi. Et dans le cadre de l’école, on peut faire bouger les choses : rappeler que l’accès à une orientation ou une option ne peut dépendre du fait que l’on est une fille ou un garçon ; que des propos à connotation sexuelle ou sexiste, ce sont déjà des violences sexistes et sexuelles, et que c’est interdit …
Et puis il faut s’attaquer aux représentations, faire témoigner des rôles modèles : des femmes cheffes d’atelier mais aussi des hommes exerçant des métiers du care. Donner de la visibilité à des récits LGBTQIA +, utiliser un langage égalitaire et mettre en place une communication « sans stéréotypes » dans les établissements… Et surtout, ne pas se taire, ne pas laisser passer et apprendre à devenir un·e allié·e.
Tout au long de l’ouvrage, des schémas illustrés, et de courtes rubriques « Saviez-vous que …», relancent la curiosité et clarifient les propos. Une vraie mine informations et de suggestions qui a de surcroit le grand mérite de s’intéresser aussi aux biais inégalitaires de la langue et aux effets du sexisme sur les garçons. C’est suffisamment rare pour être souligné. De belles ressources à découvrir à l’occasion du 8 mars, journée internationale des droits des femmes.
Claire Berest
