En quoi le plancton peut-il être un objet pédagogique pour la classe ? Denis Longuet, enseignant de SVT à la retraite et désormais médiateur scientifique est intarissable sur le sujet. Le spécialiste nous confie le matériel de terrain nécessaire pour les prélèvements, ses conseils techniques et des thématiques à aborder en classe. « De nombreux organismes planctoniques sont très sensibles à la pollution et constituent des bioindicateurs, c’est le cas des diatomées, des daphnies, de certaines larves d’insectes ». L’enseignant garde son plaisir d’apprendre et sa volonté de transmettre.
Comment étudier le plancton avec des élèves ?
Cela tombe à pic comme question, car je suis en train de préparer une sortie scolaire en 5e avec Alexandre, le collègue de SVT de mon ancien collège. Le thème : l’Orbiquet, pas loin de Lisieux, et sa source. C’est une sortie pluridisciplinaire d’une journée : patrimoine historique avec les moulins à eau (dont l’un est encore fonctionnel), géologie avec la craie aquifère en bordure ouest du Bassin Parisien, biologie avec le plancton et les bioindicateurs de l’état de santé de l’eau… En repérage ce matin du 6 mai 2026 dans le village d’Orbec avec Alexandre, j’effectue 2 prélèvements, le 1er dans la rivière Orbiquet, le second dans l’étang près du centre-ville.
Je les rapporte chez moi à Lisieux pour observations microscopiques.
Le matériel de laboratoire : microscope avec écran LCD ; filtre concentrateur 50 µm ; pipette de prélèvement ; lames + lamelles (dont une lame à concavité).
Le 1er prélèvement ne révélera pas une grande diversité planctonique, ceci est normal vu le courant qui laisse peu de plancton sur place, à moins de rester longtemps à contre-courant. Des diatomées pennées de petite taille mises en évidence avec le grossissement x400 voire x600.
Le 2e prélèvement beaucoup plus intéressant du point de vue de la biodiversité montrera de nombreux rotifères, des diatomées diverses, des euglènes, quelques daphnies et copépodes.
Cette sortie permettra de cibler l’endroit précis de l’étude du plancton avec les élèves au mois de juin prochain : l’étang.
En quoi l’étude du plancton constitue-t-elle une porte d’entrée pertinente pour sensibiliser aux enjeux environnementaux ?
De nombreux organismes planctoniques sont très sensibles à la pollution et constituent des bioindicateurs, c’est le cas des diatomées, des daphnies, de certaines larves d’insectes (perles, éphémères).
En été 2025 j’ai pu assister à un événement écologique problématique : l’eutrophisation d’un petit étang au milieu d’un parc très bien entretenu dans le village de Beuvillers tout près de Lisieux. Comme l’a confirmé le site régional de Météo France, l’été fut particulièrement chaud, ce qui a favorisé l’évaporation et la concentration des minéraux (nitrates, phosphates…). Un voile vert a recouvert tout l’étang pendant 2 mois !
L’observation microscopique a révélé la présence d’une cyanobactérie du genre Dolichospermum. J’ai alerté la mairie du village. Les actualités locales m’ont appris que probablement la même chose a provoqué la fermeture de la base de loisir du Lac de Pont-l’Evêque dans la région… Du hasard ??
Un second témoignage d’un changement dans l’environnement, cette fois en bord de mer entre Saint-Pair et Donville dans la MaManche. Présent au Festi Récré pour une première participation, j’étais installé sur le Plat Gousset de Granville avec ma Plankton’Auto et mon matériel de labo. Je devais montrer une diversité planctonique prélevée dans la piscine naturelle de la plage, remplie 2 fois par jour à la marée montante. J’ai pu observer un phénomène de bloom, une “explosion” de microalgues qui ne permettait pas d’observer autre chose que ces microalgues. J’ai appris que quelques jours avant cette semaine de Festival, un accident agricole déversait dans le petit fleuve côtier de Saint-Pair des épandages : alors ? Lien de cause à effet ?
Vous aviez mis en place un atelier mare au sein de votre établissement. En quoi cela consiste-t-il ? Des conseils pour les enseignants qui souhaiteraient se lancer ?
Au début des années 2000, j’ai mis en place un “atelier mare” avec une petite équipe d’élèves de 6e et le soutien du Rectorat. Le cadre de mon ancien collège s’y prêtait bien avec un endroit plus humide. Il a suffi de quelques coups de pelles puis l’aide d’une mini-pelleteuse pour que résurge de l’eau du sous-sol. Une petite mare, mais suffisante pour accueillir une belle biodiversité avec une surprise. Des larves de salamandre tachetée dès le 1er hiver. Cela a accompagné le programme de SVT de la fin du cycle 3.
Malheureusement, faute d’entretien, la mare s’est comblée. Il suffirait de la restaurer…
Où les collègues enseignants peuvent-ils se former au plancton ?
Personnellement j’ai suivi une formation de 3 jours à l’observatoire du Plancton à Lorient (Port-Louis) en Bretagne. C’est suffisant pour les aspects technologiques liés aux étapes du prélèvement à l’observation microscopique et à l’identification. Tout le reste, c’est d’abord beaucoup de pratique, et de nombreuses lectures…
Je dirais la curiosité pour les sciences de la vie et de la Terre ; l’envie d’apprendre et de transmettre (mon métier d’enseignant) ; les rencontres : le laboratoire maritime de Tatihou dans la Manche avec son laboratoire pour faire découvrir la faune, la flore de l’estran et la découverte du plancton avec les animateurs du labo, les nombreux microscopes, la bioluminescence… et l’émerveillement des élèves…
Sans oublier le Festival du Plancton à Saint-Gilles-Croix-de-Vie en Vendée en 2025 (2e édition)… En résumé : émerveiller pour sensibiliser, sensibiliser pour préserver et protéger… On se lasse de tout, sauf d’apprendre…
Propos recueillis par Julien Cabioch
