La Toile de l’égalité
Entre autres ressources évoquées à l’occasion de cette journée, on pourra notamment (re)découvrir la « Toile de l’égalité », présentée lors de la conférence introductive par Isabelle Collet, professeure à la section des sciences de l’éducation de l’Université de Genève et Aurore Vayer, doctorante au sein du même groupe de recherche Genre-Rapports intersectionnels, Relation éducative.
Dans la perspective d’une pédagogie égalitaire, cet outil d’analyse très concret destiné à la formation des enseignant·es du primaire et du secondaire, invite chacun·e à « adopter un regard global » afin d’« agir sur ses propres pratiques », et « pas uniquement sur les discours ou les représentations ». Initialement élaborée par Claude Solar, didacticienne des mathématiques, et conçue pour interroger des enjeux de genre, la toile de l’égalité peut aussi s’appliquer à d’autres formes de discrimination, notamment classistes, racistes, anti-LGBTI+…
Elle propose aux enseignant·es de « s’emparer simultanément » de « quatre dimensions » centrées sur les élèves (exister collectivement, apprendre en confiance, acquérir des savoirs, exister singulièrement) à partir desquelles iels vont observer les gestes professionnels qu’iels mettent en œuvre (ou pas), pour favoriser dans leur classe un contexte plus égalitaire.
La démarche est facile à mettre en œuvre et explicitée de manière très concrète par les intervenantes.
Que faire, par exemple, pour permettre aux élèves d’ « exister collectivement », quel·les que soient leurs genre, milieu social, origine ethnique…? La toile décline en trois gestes professionnels cet objectif : installer de la coopération, employer une langue inclusive, rendre visibles les groupes socialement dominés. On pourra donc se poser, lors d’une observation de pratique, les questions suivantes : « Est-ce que j’utilise un langage incluant l’ensemble des élèves dans mes échanges et dans mes consignes ? » / Dans ma classe, les relations entre les élèves favorisent-elles une coopération mixte et égalitaire ? / « Est-ce que je relève l’absence ou la sous-représentation des figures de groupes minoritaires dans les contenus que j’enseigne ? » …
Pour chaque objectif, des pistes de questionnements sont proposées. Quelques exemples, parmi d’autres à retrouver dans les actes :
– Apprendre en confiance : Est-ce que je porte attention aux remarques stéréotypées et/ou sexistes, racistes … dans ma classe ? / Dans les travaux de groupe, est-ce que je veille à la mixité et à une répartition égalitaire des rôles ?…
– Acquérir des savoirs : Est-ce que je propose des exemples et des ressources valorisant la diversité des rôles et modèles féminins et masculins ? / Est-ce que les élèves ont tous et toutes la possibilité de s’identifier aux contenus que je propose ?…
– Exister singulièrement : Est-ce que je fais attention à l’équilibre entre tout le monde dans la prise de parole (prise spontanée, après sollicitation…) / « Est-ce que je valorise les compétences et les réussites de manière égale, entre tout le monde, dans chaque discipline ? » …
Un outil à explorer pour développer ses pratiques réflexives et didactiques. Parce qu’enseigner de manière égalitaire ne va pas de soi, mais se travaille et s’apprend.
Claire Berest
