A quoi servent les PAS ?
Les pôles d’appui à la scolarité (PAS) permettent-ils réellement de renforcer l’école inclusive ou participent-ils à une réorganisation managériale qui fragilise les conditions d’enseignement ?
Depuis la loi de 2005 sur le handicap, l’école a pris le « virage inclusif ». On constate depuis une continuité des politiques d’inclusion pour permettre à un maximum d’enfants d’avoir accès à l’école. Tou·te·s les élèves sont capables d’apprendre ; il est normal que l’école les accueille et leur permette de s’émanciper.
Officiellement la mise en place des PAS, en remplacement progressif des PIAL, s’inscrit dans une logique de « guichet unique » pour les équipes et les familles, au-delà du champ du handicap, car les PAS concernent tou·te·s les élèves à besoins éducatifs particuliers (BEP). L’objectif est de simplifier les démarches, de coordonner les moyens et les personnels pour répondre plus rapidement aux besoins du terrain.
Retour sur la création des PAS
Le Bulletin officiel n° 33 du 4 septembre 2025 explique que « Les pôles d’appui à la scolarité constituent un service rendu aux élèves présentant des besoins éducatifs particuliers et à leurs responsables légaux, en même temps qu’une organisation qui vient en appui des communautés éducatives, dans une logique d’accessibilité universelle. Ces pôles ont pour objectif de proposer des réponses de première intention, rapides et adaptées. L’objectif du PAS consiste à apporter aide et soutien à tout élève qui rencontre une difficulté dans les apprentissages ou son parcours scolaire. Les ressources médico-sociales mobilisées dans le cadre du PAS contribuent notamment à soutenir les élèves dont la situation est susceptible de présenter ou d’évoluer vers une situation de handicap. […] Le PAS est coordonné par un personnel de l’Éducation nationale dédié, déchargé d’enseignement pour sa mission, placé sous l’autorité hiérarchique du directeur académique des services de l’éducation nationale (Dasen). »
Cela répond à de réelles problématiques, comme des délais extrêmement longs des MDPH ou encore une coordination complexe, voire illisible, des moyens… Cependant, ce discours masque en réalité une transformation plus profonde du fonctionnement de l’école inclusive. Sans moyens complémentaires…
En effet, les PAS constituent surtout un nouvel outil de réorganisation, sans création de moyens supplémentaires. Coordonner la pénurie ne la fait pas disparaître. Or, même si l’on partage l’objectif d’une école réellement inclusive, cela ne peut se faire sans moyens conséquents. Actuellement, « l’école inclusive » repose sur des personnels qui voient leurs conditions de travail se dégrader, et les PAS ne sont donc qu’un outil de gestion de la pénurie organisée.
Moins de moyens mais davantage d’injonctions
Aujourd’hui, c’est la MDPH qui notifie le nombre d’heures d’accompagnement par les AESH, avec les PAS, autrement dit, c’est l’Éducation nationale qui décidera désormais seule des modalités et du volume d’accompagnement des élèves. C’est la porte ouverte à la mutualisation des AESH, et donc à une dilution de l’accompagnement individuel, avec moins d’heures par élève. Moins de moyens, mais plus d’injonctions.
La mise en place des PAS constitue un nouveau pas vers la flexibilité et l’adaptabilité permanente imposées aux personnels. Finalement, toujours dans une logique d’économie, l’Éducation nationale réorganise sans créer de moyens. Une nouvelle fois, le management public s’inspire de ce qui se fait dans le monde de l’entreprise. On ne fait pas de l’inclusion avec des tableaux Excel.
On assiste ainsi à une inclusion de façade institutionnalisée, sans moyens réels, qui continue de déplacer le problème de l’inclusion scolaire sur les personnels. Les PAS illustrent la vision « gestionnaire » de l’institution, qui dégrade nos conditions de travail plutôt que de recruter des enseignant·e·s spécialisé·e·s, des AESH ainsi que des personnels du médico-social, qui manquent cruellement à l’école.
Quelles propositions ?
« L’école inclusive » nécessite des moyens, pas seulement des dispositifs. Il faut recruter massivement des AESH avec un statut pérenne, qui les sorte de la précarité organisée par l’institution, baisser les effectifs par classe et renforcer des dispositifs qui ont fait leurs preuves, comme les RASED. Les temps de concertation entre les personnels doivent être reconnus et organisés par l’institution sur notre temps de travail, afin de donner sa place à chacun·e et d’améliorer l’accueil, le suivi et les conditions d’apprentissage de tou·te·s les élèves. La vision inclusive de l’école doit faire partie intégrante de la formation de tou·te·s les personnels de l’Éducation nationale.
Les PAS ne sont pas une réponse à la crise de l’école inclusive : ils en sont le symptôme. Ils apparaissent comme une réponse technique, mais révèlent surtout une logique budgétaire et managériale, à l’heure où, symboliquement, le budget de l’armée est passé devant celui de l’éducation… Sans moyens, l’inclusion reste un mot d’ordre, pas une réalité.
Tanguy Dassonville
