Un déficit en quantité et en qualité de formation
Sur les 3468 personnes ayant répondu à l’enquête (dont 906 enseignant·es du privé), 9 sur 10 disent avoir eu connaissance de la mise en place des programmes à la rentrée 2025. En revanche, premier et second degrés confondus, elles ne sont que 35 % à déclarer avoir bénéficié (ou su qu’une personne de leur école/établissement avait bénéficié) d’une formation sur le sujet. 47 % disent n’en avoir ni reçu, ni entendu parler, et 18 % ne savent pas répondre à la question.
En ce qui concerne les formations proposées, le collectif précise que « les réponses décrivent une offre hétérogène, dispersée et non généralisée, reposant sur des formats variés (animations pédagogiques, formations syndicales, initiatives locales) ». Il ajoute que « les formations institutionnelles existantes sont souvent jugées trop théoriques et insuffisamment opérationnelle ».
Une mise en place inégale et trop peu collective
50 % des répondant·es seulement indiquent par ailleurs que les séances ont commencé à être mises en place dans leur école/établissement, alors que l’année scolaire est largement entamée. Pour 33 % d’entre elleux, ce n’est pas le cas, et 17 % ne peuvent pas répondre à la question.
« Si certaines équipes apparaissent engagées dans des démarches structurées, la tendance dominante reste celle d’un dispositif encore peu installé, inégalement déployé et largement dépendant des initiatives individuelles. La mise en œuvre des actions repose, dans une très grande majorité des cas, sur les enseignants eux-mêmes » explique le collectif. Il constate d’ailleurs que la mise en place n’est qu’à 33% « concertée dans le cadre d’un projet incluant l’équipe éducative ». Une condition pourtant essentielle à la réussite du dispositif.
Public / privé : difficultés partagées, difficultés spécifiques
Le collectif a ensuite interrogé les participant·es à l’enquête sur les « difficultés et dérives » rencontrées dans la mise en œuvre des séances. 41 % d’entre elleux n’ont pas noté d’obstacles particuliers et 24 % ne savent pas répondre la question. 35 % en revanche font mention de difficultés parmi lesquelles reviennent essentiellement « le manque de temps, de formation et de moyens ».
Les répondant·es évoquent aussi des questionnements liés aux contenus des enseignements ou à leurs modalités de mise en œuvre : « flou dans les attendus institutionnels », manque de « repères clairs sur les contenus ». Iels ne cachent pas leur « malaise face à certaines thématiques sensibles ou la crainte de réactions des familles », malaise « pouvant conduire à des formes d’autocensure ». On peut dès lors craindre, s’inquiète le collectif, « une adaptation ou une réduction des contenus, avec un recentrage sur des thématiques jugées plus accessibles (émotions, respect, relations) » et de fait « une mise en œuvre partielle » du programme.
Au vu des réponses reçues, le collectif souligne que si la mise en œuvre de l’EVARS est fragilisée à la fois dans les établissements publics et privés, par « trois difficultés majeures » communes (manque de moyens, de formation et flou dans la mise en œuvre), « dans le public, les difficultés sont davantage formulées en termes structurels et organisationnels (pilotage, coordination, moyens) », tandis que « dans le privé sous contrat, elles prennent plus souvent la forme d’un ressenti professionnel et relationnel (manque de soutien, pression, isolement) ».
Le recours aux associations
Le dernier volet de l’enquête porte sur l’appel aux associations dans la mise en œuvre de l’EVARS. 21 % des participant·es répondent que leurs écoles / établissements y ont eu recours, contre 58 % pour qui ce n’a pas été le cas (les 21% restants ne sachant pas répondre à la question). Le collectif note que le Planning familial est « de loin l’association la plus citée ». A l’heure où celui-ci voit, dans de nombreuses régions et départements, ses subventions diminuer, voire disparaitre, et ses interventions remises en question, il est important de souligner que l’association est unanimement considérée comme « compétente, légitime et ayant de l’aisance sur les sujets » .
Près de 10 % des répondant·es rapportent par ailleurs avoir rencontré des « oppositions quant à certaines associations », sous forme de « contestations (notamment autour de certaines associations)» ou parfois de « refus institutionnels ou politiques ». Un chiffre qui appelle à la vigilance face aux tentatives d’entrisme, en particulier dans l’enseignement catholique privé, d’associations souvent réactionnaires, ou face aux pressions exercées par certaines directions et/ou associations de parents d’élèves.
Un bilan donc plus que mitigé qui dessine « le portrait d’un dispositif encore peu stabilisé ». Une première année en forme de tour de chauffe ? Après vingt ans d’atermoiements, il est plus que temps de passer à la vitesse supérieure…
Claire Berest
