« Aucun élève en souffrance psychique sans solution »
C’est la mesure phare dévoilée par le gouvernement le 2 juin. Dès la rentrée 2026, un élève repéré en situation de souffrance psychique par un professionnel de l’Éducation nationale pourra bénéficier d’une « orientation prioritaire vers une structure adaptée de son territoire grâce à un dispositif de prise en charge accélérée » promet le ministère.
L’exécutif fixe donc un objectif ambitieux, faire en sorte qu’« aucun enfant ou adolescent identifié comme étant en souffrance psychique ne reste sans solution adaptée ou sans rendez-vous dans des délais compatibles avec son état de santé ». Une promesse forte pour la santé mentale érigée en « Grande cause nationale ».
Des annonces qui butent sur la réalité du terrain
Mais entre le discours et la réalité, l’écart reste considérable. Le gouvernement compte sur les « médecins, infirmiers, psychologues ou assistants de service social de l’Éducation nationale » pour détecter les situations de souffrance psychique. Or la médecine scolaire est sous le signe de la pénurie, avec des postes vacants dans de nombreux territoires et des effectifs insuffisants pour assurer un suivi régulier des élèves.
Le communiqué reconnaît que « les délais d’accès aux soins demeurent trop importants ». Dans certaines régions, les familles attendent plusieurs mois pour obtenir un rendez-vous chez un pédopsychiatre, quand elles parviennent à en trouver un. Les centres médico-psychologiques sont saturés et les pédiatres se raréfient.
Des objectifs sans réponse sur les moyens
Le gouvernement promet de « réduire les délais d’accès aux soins et éviter les ruptures de parcours ». Mais le communiqué ne détaille ni plan massif de recrutement, ni augmentation significative des effectifs de médecine scolaire, ni stratégie pour répondre à la pénurie de pédopsychiatres. Quelques chiffres significatifs au-delà des annonces : il y a 1 pys-EN pour 1600 élèves en moyenne, un médecin scolaire pour 16 000 élèves, au lieu d’un médecin scolaire pour 5 000 élèves, 700 pédopsychiatres, pour 15 000 psychiatres, couvrent l’ensemble du territoire.
Cette politique d’annonces semble irréaliste et déconnectée du terrain avec des personnels et des structures déjà débordés. La question n’est plus seulement de repérer les jeunes en souffrance psychique mais de savoir qui pourra effectivement les prendre en charge. C’est-à-dire les mêmes conclusions et chiffres que l’an passé, lors des Assises de la Santé mentale.
Djéhanne Gani
Dans le Café pédagogique
En maternelle, environ 1 enfant sur 12 concerné par au moins une difficulté de santé mentale
