L’EVARS : une transversalité à construire tout au long de l’année
S’il a fallu plus de vingt ans pour voir naitre le programme d’EVARS, sa mise en place à la rentrée de septembre, peu anticipée, s’est souvent faite dans la précipitation. Manque de formation, de moyens dédiés… bien des établissements scolaires, se sentant démunis, se sont tournés vers des associations et intervenant·es extérieur·es, ou ont eu recours à des séances clés en mains, là où il aurait fallu pouvoir prendre le temps de la réflexion et du collectif.
Car c’est bien du collectif que relève l’EVARS, qui « associe trois champs de connaissances et de compétences : le champ biologique, le champ psycho-émotionnel et le champ juridique et social », et mobilise donc différents champs disciplinaires. On va ainsi convoquer, en fonction des objectifs de chaque séance dédiée (au moins trois obligatoires par an) des connaissances et analyses afférant, par exemple, plutôt au droit pour « prévenir les violences sexuelles et le harcèlement » et inculquer « les notions de consentement, de respect et de droit » ; à la médecine ou à la biologie, pour « transmettre des connaissances sur la sexualité et la santé, sur la reproduction, la contraception et la prévention des infections sexuellement transmissibles (IST) » ; ou encore à la sociologie, l’histoire ou la littérature, pour « favoriser des choix éclairés et responsables », « lutter contre les discriminations », sensibiliser « aux stéréotypes, notamment de genre », et promouvoir « l’égalité et le respect entre les sexes ».
Mais l’EVARS ne saurait se limiter pas à trois séances annuelles spécifiques. « Au croisement d’enjeux de santé publique et de citoyenneté », et visant « le développement de connaissances, de compétences psychosociales et de valeurs républicaines », c’est l’ensemble des disciplines d’enseignement, quelles qu’elles soient, que cette éducation a vocation à infuser. Le programme le rappelle d’ailleurs explicitement : « l’éducation à la sexualité est mise en œuvre, pour chaque niveau, au travers d’au moins trois séances annuelles spécifiques obligatoires, mais aussi lors de temps d’apprentissages déployés à partir des autres enseignements, aussi bien dans le premier degré que dans le second ». Il invite donc à décloisonner l’EVARS et à opérer des liens avec les programmes disciplinaires afin de constituer « un ensemble annuel cohérent ».
Les ressources d’accompagnement publiées sur Éduscol en proposent quelques exemples : une séance en anglais avec une classe de 6e sur le Bullying (harcèlement), un cours d’espagnol en 2de sur l’expression des sentiments utilisant comme support une histoire d’amour entre deux adolescents, l’exploration de la notion de norme à travers un projet de danse mené en EPS par des élèves de 1re …
Regards croisés et croisement des connaissances
C’est ce même souci de transversalité qui sous-tend le projet éditorial de Regards croisés. L’ouvrage, en effet, faisant dialoguer plusieurs disciplines, invite chacun·e à sortir de la zone de confort de son champ disciplinaire, pour enrichir ses connaissances et sa réflexion, et ainsi mieux cerner les enjeux de l’EVARS.
Ces données, sociologiques pour le chapitre 1, biologiques et médicales pour le chapitre 2, juridiques, historiques et littéraires pour les chapitres 3 à 5, sont régulièrement mises en relation avec les objectifs de l’EVARS dans des encadrés facilement repérables, intitulés « Ce que dit le programme ». Des approfondissements sont aussi proposés par les expertes, « sur un point particulier », sous forme de « focus » : « Faire travailler sur les sens du crush », « Idées reçues sur l’hymen », « Le prénom d’usage dans les établissements scolaires », « L’interdit de l’excision », « L’évolution de la définition du viol »… Chaque partie invite ainsi à prendre du recul et de la hauteur en chaussant de nouvelles lunettes.
Par exemple la première partie, pour ne parler que d’elle, consacrée à une approche sociologique, permet de mieux cerner combien celle-ci est essentielle « pour comprendre la sexualité à l’adolescence », et donc utile à la conception de séances d’EVARS. Yaëlle Amsellem-Mainguy y clarifie « deux notions complexes et utiles (…) : le genre et les études de genre », notions clés du programme. Elle analyse aussi, à partir d’enquêtes récentes, les « constances et évolutions récentes » de la sexualité juvénile, déconstruisant au passage certaines idées reçues ou paniques morales. Il est bon, par exemple, de savoir, lorsqu’on s’adresse à des élèves, que l’âge médian du premier baiser est passé de 14 à 15,5 ans depuis 2023 (soit après les années collège), ou qu’à 18 ans « plus de deux personnes sur cinq n’ont pas eu leur premier rapport sexuel ». On évitera ainsi bien des maladresses. L’autrice montre aussi, enquêtes à l’appui, que les pratiques numériques des jeunes sont plus complexes et ambivalentes que ne le pensent souvent les adultes, et éclaire, « au regard des questionnements contemporains », les résultats de recherches sur les violences sexuelles.
Ce thème des violences sexuelles, on le retrouvera abordé à plusieurs reprises dans la suite du livre. Sous l’angle médical dans le chapitre 2, du droit et de l’histoire dans les chapitres 3 et 4, ou encore sous celui de la littérature dans le dernier chapitre qui consacre une de ces parties à l’éducation au consentement. Regards croisés est en effet, à l’image de l’EVARS, construit comme un parcours transversal, et les cinq chapitres qui le constituent « tout en conservant chacun leur spécificité se répondent aussi pour apporter progressivement au lecteur une vision plus complète et plus riche ». Un tableau synoptique en début d’ouvrage permet d’ailleurs de visualiser ces différents échos entre les chapitres, facilitant la navigation à travers l’ensemble. Une vraie bonne idée.
L’ensemble, très riche, mais accessible même à de non spécialistes des questions traitées par les cinq autrices expertes, permet à la fois de construire des repères clairs par rapport aux programme et objectifs de l’EVARS, et de prendre le temps de la réflexion et de la mise en perspective. Une référence désormais incontournable.
Claire Berest
Mettre en œuvre le programme EVAR/EVARS : ressources d’accompagnement sur le site Eduscol.
