Une situation qui ne cesse de se dégrader
2 355 enfants, dont 514 de moins de 3 ans, sont restés sans solution d’hébergement après un appel au 115, selon le 8e baromètre de la Fédération des acteurs de la solidarité (FAS) et de l’UNICEF France, publié le 26 août dernier. Le nombre d’enfants concernés a augmenté de 9 % en un an et de 42 % depuis 2022, année durant laquelle le gouvernement avait fixé l’objectif de « zéro enfant à la rue ». Ce chiffre ne recense pas l’ensemble des enfants sans abri, notamment ceux qui ne parviennent pas à joindre le 115 ou les mineurs non accompagnés.
Sans-abrisme et mortalité des enfants
La majorité des demandes au 115 non pourvues (63%) provient de familles. Pour l’UNICEF France, « derrière ce chiffre, qui est la conséquence d’un échec collectif, il y a des enfants dont le quotidien est rythmé par l’insécurité et l’instabilité ». Le sans-abrisme a des conséquences importantes sur leur santé physique et mentale, leur scolarité et leur sécurité. En 2025, 14 enfants de moins de 4 ans et 12 adolescents de 15 à 18 ans sont morts de la rue, selon le communiqué.
Pourquoi cette hausse ?
Pour les organisations, les choix politiques de court terme et la sous-budgétisation des crédits de l’hébergement ont mis à mal le système d’hébergement, en saturation chronique. Elles pointent aussi des pressions préfectorales dans de nombreux territoires et la croissance du parc en hébergement d’urgence, inadapté aux besoins des enfants.
3 millions d’enfants sous le seuil de pauvreté : le signe d’une pauvreté qui explose
La progression du nombre d’enfants sans abri s’inscrit dans une hausse plus générale de la pauvreté observée depuis une vingtaine d’années. Les données de l’Insee publiées en 2025 le confirment : en 2023 et 2024, le taux de pauvreté a atteint 15,4 %, soit 9,8 millions de personnes, un niveau inédit depuis 1996. Les enfants sont particulièrement concernés, avec un taux de pauvreté de 22,4 %, soit près de 3 millions d’enfants.
Cette aggravation intervient dans un contexte économique marqué par une inflation persistante, la fin de plusieurs dispositifs de soutien au pouvoir d’achat et une progression des inégalités. Ces facteurs fragilisent les ménages et rendent notamment l’accès au logement de plus en plus difficile.
Pour un plan de logement
Si toutes les régions sont concernées, la majorité des familles en demandes non pourvues est située en Ile-de-France, suivie de la région Auvergne Rhône Alpes et de l’Occitanie.
La FAS et l’UNICEF refusent pour autant de considérer le sans-abrisme comme une fatalité. Elles demandent une programmation pluriannuelle « de la rue au logement », programmation pluriannuelle permettant de développer à la fois l’hébergement et l’accès au logement comprenant notamment un plan de production de logements sociaux et très sociaux. Sans inflexion des politiques publiques, le nombre d’enfants et de familles sans domicile pourrait continuer à progresser fortement, au risque d’aggraver encore une situation sociale déjà préoccupante, s’inquiètent-elles. La page des recommandations stipule notamment « une création de 10 000 places d’hébergement supplémentaires, dont 2 500 nouvelles places pour les femmes enceintes ou sortant de maternité, pour porter la capacité du parc à hauteur de 213 000 places ».
À l’approche de l’élection présidentielle de 2027, les deux organisations appellent les candidats à faire du sans-abrisme des enfants une priorité des politiques de logement et d’hébergement. Comment apprendre sans domicile ?
Djéhanne Gani
