Nombreux sont les chefs d’établissements qui ont été empêchés de mettre en place leur rentrée de manière sereine car les applications qu’ils utilisent n’étaient pas toutes opérationnelles. En cause, une remise en ordre de sécurité qui d’une académie à l’autre a pris une dimension parfois inquiétante. Mais surtout le piratage multiple de données contenues dans diverses applications et imposant des mesures correctives. Les enseignants ont aussi été concernés (iprof aurait fait partie du piratage). Mais pour comprendre ces problèmes, peut-être faut-il aller voir du côté de l’histoire de l’informatique dans l’Education nationale depuis de nombreuses années. Ce sont d’abord les développements informatiques locaux (au niveau des académies en particulier) qui ont été très souvent conçus et maintenus localement. Puis une volonté politique de centralisation et d’harmonisation avec des échecs multiples (dont celui appelé SIRHEN… déjà stoppé en 2018 mais dont la fin a été effective en fin 2025 !!!) n’a pas permis de faire avancer et améliorer les outils informatiques au service de l’EN.
Ce n’est pas vraiment nouveau
Selon les rapports ayant été faits aussi bien sur ce projet que sur d’autres, menés par l’Etat (Louvois par exemple), le constat semble s’articuler autour de deux axes : la gouvernance et la faiblesse des moyens humains, techniques et financiers. On peut, dans ce domaine, évoquer l’exemple de la société Index Education, avant qu’elle ne soit reprise par Docaposte, dont le logiciel Pronote avait largement gagné sur le terrain, face à des concurrents, fussent-ils publics. On peut aussi évoquer toutes les difficultés rencontrées autour des Environnements Numériques de Travail. Ainsi le lancement des ENT en 2003 a amené de multiples développements, parfois anarchiques ou antagonistes. A cette rentrée, avec les conséquences du piratage et ses conséquences, certains ENT sont bloqués (Toulouse, Nantes, semble-t-il, mais aussi d’autres académies).
Une grande fragilité, des inquiétudes
Une rentrée chaotique sur le plan de la logistique informatique. Si cela touche en premier lieu l’enseignement public, le privé sous contrat n’est pas épargné par les incidents de l’Education Nationale, mais aussi pour ses propres applications (le primaire, mars 2026). Globalement la fragilité des applications informatiques aussi bien administratives, organisationnelles et même pédagogiques (ENT), doit interroger les responsables au niveau national. Si d’aucuns disent regretter et annoncer la mise sous contrôle, peut-on se suffire de cela ? Les enseignants et les parents d’élèves peuvent être inquiets à l’instar des cadres des établissements scolaires. Faut-il continuer de faire confiance aux services académiques et nationaux informatiques, tout comme la question a été posée pour l’administration fiscale.
Des faiblesses à identifier
Faut-il incriminer la faiblesse technique des développements informatiques, parfois anciens ? Faut-il désigner des responsables ? Il semble que les recrutements de personnels qualifiés par les services publics soient difficiles au vu de la concurrence du secteur (les salaires, la qualité des entreprises etc…). Il semble aussi que le pilotage institutionnel soit assez défaillant si l’on en juge à la lecture de certains rapports. Pour autant, la rentrée a bien lieu ce mardi 1 septembre. Dans les établissements, la pré-rentrée est bien sûr l’occasion de questionner dans l’établissement les responsables locaux.
Il faut éduquer les usagers à la sécurité numérique
Reste une question essentielle : l’éducation des usagers à la cybersécurité. L’origine de nombreuses fraudes est liée à des « erreurs », « fautes », « ignorances » des usagers qui, involontairement, acceptent des messages frauduleux et ouvrent parfois des portes vers des services de plus haut niveau (ainsi cet exemple d’un enseignant formateur se connectant depuis son domicile à un service sécurisé (VPN) qui a été ensuite été détourné). Récemment, lors de la prérentrée, certains responsables informatiques d’établissement ont rappelé les règles de bonne conduite dans les usages de l’informatique (et en particulier du mail) par les enseignants et les personnels. Est-ce suffisant ? Probablement non, mais nécessaire, indispensable, à côté des renforcements des sécurités internes des applications et autres services et aussi d’un renforcement des compétences en cybersécurité.
Et maintenant !
En attendant, nombre d’établissements n’ont pas rétabli des accès aux ENT et Pronote ou autre. Les académies elles semblent vouloir rétablir les accès aux applications internes. Encore faudra-t-il vérifier que cela fonctionne effectivement et que les niveaux de sécurité soient renforcés. Tout en sachant que dès demain les pirates (hackers) pourront chercher d’autres failles… et les rendre publiques à défaut de télécharger les données puis de les revendre….
Bruno Devauchelle
Dans Le Café pédagogique
https://www.cafepedagogique.net/2026/08/24/education-nationale-une-fuite-des-donnees-qui-inquiete/
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