Un mécanisme unanimement reconnu
Le financement de l’Éducation Artistique et Culturelle s’est développé progressivement en passant d’une logique de projets ponctuels vers une politique structurée grâce notamment au lancement, depuis l’année scolaire 2022-2023, de la part collective du Pass Culture à destination des établissements scolaires. Grâce à l’allocation d’une enveloppe annuelle calculée sur la base d’un barème par élève, les établissements se voient attribuer un crédit global disponible utilisable pour réserver des offres culturelles éligibles au dispositif.
Ce mécanisme budgétaire, indifférent tant au statut qu’à la géographie des établissements scolaires, a permis de financer de très nombreux projets d’éducation et constitue un levier unanimement reconnu pour « lutter contre les inégalités sociales et culturelles » définies par la charte du programme Éducation Artistique et Culturelle.
Le dispositif de la part collective du Pass Culture a encouragé les acteurs du monde culturel en offrant un cadre très favorable à la diffusion de propositions de contenus auprès d’un réseau élargi d’enseignants et de référents culturels, sur tout le territoire. Il fournit également un cadre administratif simplifié et une prise en charge financière directe via la plate-forme Adage en limitant les délais et les incertitudes inhérents aux appels à projets. Le succès de ce mécanisme technique en faveur de l’ensemble des parties prenantes de l’Éducation Artistique et Culturelle a favorisé le développement de structures partenaires qui ont ainsi pu multiplier leurs propositions.
Mais le gel de la part collective du Pass Culture décidé le 31 janvier 2025 a entraîné l’annulation ou la suspension de nombreux projets culturels en établissements scolaires en faveur des élèves de collèges et lycées. Il inquiète beaucoup les enseignants, soucieux de contribuer à la formation et à l’émancipation des élèves à travers le développement de la sensibilité, de la créativité et de l’esprit critique. Il plonge les structures associatives culturelles dans un lourd désarroi puisqu’il menace immédiatement leur existence par assèchement budgétaire.
Les enjeux de la médiation culturelle
Le contexte actuel de rationalisation des dépenses publiques ne peut pas faire oublier l’enjeu d’une politique publique qui, via la part collective du Pass Culture, mise sur la médiation pour contextualiser les œuvres, favoriser la compréhension et l’engagement des élèves, citoyens de demain. Le diagnostic de la Cour des Comptes identifie la part collective comme un levier efficace de diversification des pratiques culturelles et notamment à l’égard de ceux éloignés de l’offre culturelle.
Parallèlement, il souligne que les crédits alloués sont inférieurs aux besoins réels, ce qui limite la portée du dispositif et crée en quelque sorte un « effet ciseau » auquel le Gouvernement n’a pas donné d’autres réponses immédiates que le gel des crédits. Pire encore, le montant global de la part collective du Pass Culture est plafonné à 50 millions d’euros en 2025 contre 72 millions en 2024.
Cette situation est d’autant plus dommageable que jamais la nécessité pour les élèves de bénéficier d’une ouverture culturelle ne s’est fait autant sentir. A l’heure où la capacité de concentration des jeunes est fragilisée par la multiplication des sollicitations numériques – réseaux sociaux, applications de divertissement rapide, notifications constantes -, il s’agit de savoir si nous abandonnons définitivement la partie, ou si nous tentons de résister, voire de regagner le terrain perdu.
Que les élèves puissent avoir accès aux musées, aux salles de théâtre, aux salles de cinéma, est-ce encore un enjeu ou acceptons-nous que l’univers de nos enfants se limite dorénavant au cadre de leurs écrans de téléphone ? La question n’est pas rhétorique. Elle interroge nos priorités éducatives, notre conception de la culture, et l’ambition que nous avons pour les générations à venir.
Geler les crédits ou optimiser les effets ?
Les Ministres de l’Éducation Nationale et de la Culture sont unanimes pour défendre le volet collectif du Pass Culture en reconnaissant son succès et en réaffirmant l’importance de la médiation artistique en milieu scolaire.
Le gel des crédits accordés au Pass Culture collectif ne peut être qu’une mesure d’attente pour ouvrir le champ à un examen approfondi des modalités du Pass afin d’en gommer les effets d’aubaine – et le risque de « développement d’une offre pléthorique, répondant à une logique de guichet » évoqué par la Cour des Comptes -, de renforcer les critères d’évaluation des dispositifs, sinon des intervenants éligibles, et de contrôler les tarifs demandés par les associations pour éviter les risques de surfacturation. Cette réflexion, c’est l’ensemble des partenaires culturels qui doit y être associé.
Le Pass Culture collectif est un instrument de politique publique culturelle et éducative qui a fait ses preuves mais qu’il faut défendre à tout prix, dans un contexte de raréfaction de l’argent public, pour en optimiser les effets.
L’équipe Film et Culture
« Gel du Pass Culture : La Folle journée ». Article à retrouver sur le site du Café pédagogique.
