Selon le journal en ligne d’investigation, Médiacités, le rectorat de Lyon vient de refuser de reconnaitre sa paternité à un professeur des écoles, père d’un enfant de deux ans en couple avec un homme, le privant par là même de tout droit familial. Le journal précise que le nom de l’enseignant figure pourtant sur l’acte de naissance de l’enfant, l’Etat ayant reconnu leur lien de filiation. L’Education nationale s’estime sans doute au dessus des lois…
Une fois encore l’institution fait ainsi la démonstration de son incapacité à lutter contre les LGBTIphobies, voire de ses propres préjugés homophobes.
Rappelons que chaque année, et cette année encore, le rapport de l’association SOS homophobie pointe les déficiences de l’Ecole dans le combat contre les discriminations homophobes, discriminations dont sont victimes à la fois les élèves et les professeur·es.
Rappelons aussi, à la lumière des travaux de la sociologue Gabrielle Richard, combien la culture scolaire véhicule, voire structure, ces discriminations ; car il ne s’agit pas seulement de combattre l’homophobie à l’Ecole, mais aussi de combattre l’homophobie de l’Ecole elle-même.
Et rappelons enfin que le suicide de Caroline Grandjean, professeure des écoles victime de harcèlement lesbophobe, a été qualifié de « décès tragique » par la ministre Élisabeth Borne. Comme s’il relevait d’un enchaînement fatal de circonstances. La tragédie, « c’est propre », faisait dire Anouilh au chœur d’Antigone, et « c’est reposant » : personne n’est responsable, tout le monde est impuissant. C’est une question de distribution de cartes.
Le décès de Caroline Grandjean est effroyable et glaçant, mais il n’est pas « tragique », car il aurait dû pouvoir être empêché. Pour cela il aurait fallu une vraie volonté politique de la part de l’Education nationale, et plus que « des mesures d’accompagnement » telles que « l’octroi de la protection fonctionnelle, un signalement au procureur, et l’activation de dispositifs de soutien », ou « l’élaboration d’un nouveau projet professionnel ».
Pour faire la lumière sur cette disparition, Élisabeth Borne a saisi l’Inspection générale de l’éducation, du sport et de la recherche (IGESR), la chargeant de réaliser une enquête administrative. La violence institutionnelle subie par le professeur de l’académie de Lyon justifierait, elle aussi, que l’on examine « l’ensemble des faits et des procédures » qui ont rendue possible la situation administrative ubuesque dans laquelle il se trouve. En attendant, c’est lui qui « a entamé une procédure devant la justice contre le rectorat ».
Claire Berest
Suicide d’une professeure des écoles : le ministère saisit l’Inspection générale ». Article à retrouver sur le site du Café pédagogique.«
« Combattre enfin l’homophobie scolaire ». Article à retrouver sur le site du Café pédagogique.
