A chaque année, son changement pour évaluer le baccalauréat. Le contrôle continu libère-t-il du bachotage ou alors est-il un bachotage en continu ? L’historien Claude Lelièvre apporte un éclairage historique sur cette question ancienne.
Lors de son interview dans le Café pédagogique du 2 septembre à l’occasion de la sortie de son livre Savoir ou périr, Bernard Lahire a mis en avant que « l’accélération des séquences pédagogiques « pour terminer le programme » et le « bachotage » remplacent l’imprégnation lente et la compréhension profonde des problèmes ».
Bac et bachotage, une histoire ancienne
Le « bachotage » est à l’évidence un phénomène fort ancien. Le terme même apparaît pour la première fois il y a plus d’un siècle comme titre de l’ouvrage d’un professeur de physique de l’université de Toulouse, Ernest Bouasse : Le Bachotage (1910)
Les mises en cause de la façon dont le baccalauréat fonctionne sont encore plus anciennes. Dés 1880, Jules Ferry lui-même tente une réforme de l’examen selon des attendus significatifs : « La question du baccalauréat s’est ainsi posée : arracher cet examen aux misères, aux écueils et aux mensonges de la préparation mnémonique et mécanique ». Après soixante-dix ans d’existence.
Mais le résultat de sa réforme est pour le moins incertain car, quatre-vingts ans plus tard, au tout début de la cinquième République, il ne semble pas que l’on ait été vraiment avancé si l’on en juge par le rapport motivant le décret du 18 août 1959 relatif au baccalauréat : « Il est normal qu’un examen de qualité incontestable sanctionne les études de l’enseignement du second degré. Mais il est anormal que ce même examen compromette les études dont il doit couronner le terme […]. Ces études, qui devraient être uniquement orientées vers l’acquisition de la culture générale, s’orientent de plus en plus vers le ‘’bachotage’’, c’est-à-dire l’acquisition hâtive, superficielle et indigeste d’un savoir encyclopédique. »
Contrôle continu, « simplifier le bac » et réduire le bachotage ?
Lors de la présentation de son programme le 2 mars 2012, le candidat à la présidence de la République Emmanuel Macron se prononce pour un baccalauréat réduit à à 4 épreuves obligatoires terminales, le reste de l’évaluation reposant sur le contrôle continu à hauteur de 40 %. Il s’agit pour lui de « simplifier » le baccalauréat et de « réduire le coût de l’examen jugé trop important à cause du nombre des épreuves ».
Mais il est décidé l’année suivante par le ministre de l’Education nationale Jean-Michel Blanquer que les trois-quarts du dit « contrôle continu » se passeront sous la forme d’examens spécifiques ad hoc organisés à l’intérieur de chaque établissement. La « réduction du nombre des épreuves » et la « simplification » du baccalauréat s’avèrent dès lors des plus problématiques et la mise en cause du « bachotage » aussi.
Un projet d’évaluation, double-évaluation, fin du bachotage ?
Plusieurs variations ont suivi. La dernière en date étant celle de cette rentrée (inscrite au BO du 28 août). Toutes les évaluations ne compteront plus automatiquement dans la note finale. Dès cette rentrée, les lycées devront établir un « projet d’évaluation » précisant quelles évaluations sont « certificatives » – c’est-à-dire prises en compte pour le bac et Parcoursup – et lesquelles auront un coefficient 0, donc exclues du calcul. Seuls les devoirs jugés significatifs, souvent en conditions proches de l’examen, seront retenus. Selon Elisabeth Borne, il s’agirait d’alléger la pression sur les élèves tout en clarifiant et renforçant les critères d’évaluation. Deux objectifs qui ne vont pas nécessairement ensemble, tant s’en faut ; et qui ne garantissent pas du tout un éloignement du « bachotage », qui plus est ‘’en continu’’.
Claude Lelièvre
